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21/02/2018 09:30 EST

Syrie: le CICR réclame un accès d'urgence à un fief rebelle sous le feu du régime

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a réclamé mercredi un accès à la Ghouta orientale, un fief rebelle près de Damas sous le coup d'intenses bombardements du régime pour le quatrième jour consécutif, qui ont tué plus de 40 civils.

Devant le Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a demandé un arrêt "immédiat" des combats dans cette région qu'il a qualifiée d'"enfer sur Terre".

Cette nouvelle campagne aérienne, la plus dévastatrice contre cette région depuis le début de la guerre il y a près de sept ans, a été déclenchée dimanche, en prélude à une offensive terrestre du régime, selon un journal proche du pouvoir de Bachar al-Assad.

Elle a coûté la vie à 310 civils, dont 72 enfants et 45 femmes, et blessé plus de 1.500 autres selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les destructions sont énormes dans cette vaste région, dont les quelque 400.000 habitants sont soumis à un siège asphyxiant du régime depuis 2013, avec des cas de malnutrition et de personnes affamées.

"Nos équipes doivent être autorisées à se rendre dans la Ghouta orientale pour porter secours aux blessés", a souligné Marianne Gasser, représentante du CICR en Syrie.

Les équipes médicales "sont incapables de faire face à ce grand nombre de blessés et il n'y a pas dans la région suffisamment de médicaments et de matériel médical, alors que des informations ont fait état d'hôpitaux touchés" par les bombardements", selon Mme Gasser.

Mercredi, de nouvelles frappes ont tué au moins 38 civils dont quatre enfants et blessé plus de 250, a précisé l'OSDH. Les raids ont ciblé plusieurs localités, principalement Hammouriyé et Kfar Batna. Outre des bombes, les avions ont largué des barils d'explosifs, une arme qui tue de manière aveugle et dont l'utilisation est dénoncée par l'ONU et des ONG.

- 'Creuser sa tombe' -

Les bombardements ont notamment touché l'hôpital de la localité de Saqba, déjà endommagé lundi par des frappes. L'hôpital "est désormais totalement hors service", a indiqué à l'AFP Bakr Abou Ibrahim, un médecin. "Nous tentons d'évacuer des dizaines de blessés et de les transférer vers d'autres hôpitaux mais nous n'avons pas encore pu sortir en raison de l'intensité des bombardements", a-t-il ajouté.

Selon un correspondant de l'AFP à Hammouriyé, de nombreux immeubles ont été détruits et presque personne ne s'aventurait dans les rues. A l'exception des secouristes qui recherchent des survivants et ont réussi à retirer cinq enfants vivants des décombres.

Dans un hôpital de Douma, une autre ville de la Ghouta, une infirmière raconte l'admission mardi d'une femme enceinte de six mois, extraite des décombres. "Elle était grièvement blessée. Nous avons déclenché un accouchement par césarienne, mais ni l'enfant ni la mère n'ont pu être sauvés", a confié Maram à l'AFP.

"Nous nous cachons dans des cimetières. C'est comme si on creusait notre tombe avant même de mourir", raconte de son côté Amal al-Wouhaibi, une habitante de Douma.

L'OSDH a rapporté que l'aviation de la Russie, alliée du régime, avait participé le même jour aux raids sur la Ghouta orientale. Mais Moscou a démenti.

Selon le quotidien syrien Al-Watan, les frappes "sont un prélude à une opération d'envergure (terrestre), laquelle peut commencer à tout moment".

Le régime cherche à reprendre la Ghouta orientale, d'où les rebelles tirent des obus parfois meurtriers sur la capitale. Elle est le dernier bastion contrôlé par les rebelles près de Damas.

Avant la Ghouta orientale, plusieurs zones rebelles, comme la vieille ville de Homs en 2012 ou Alep en 2016, ont été écrasées par des bombardements et un siège étouffant imposé par le régime pour forcer les insurgés à déposer les armes et les civils à fuir.

- Impuissance -

Déclenché le 15 mars 2011, le conflit en Syrie a fait plus de 340.000 morts. Après avoir d'abord opposé les rebelles au régime, il s'est complexifié avec l'implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Grâce à l'intervention militaire en 2015 de la Russie, le régime Assad, qui était en mauvaise posture, a réussi à reprendre le contrôle de plus de la moitié du territoire.

Les frappes du régime sur la Ghouta ont repris malgré les protestations de la communauté internationale qui de nouveau a montré son impuissance sur le conflit.

Antonio Guterres a réclamé un arrêt "immédiat" des combats "afin de permettre une aide humanitaire à ceux qui en ont besoin", alors que la Russie a réclamé la tenue jeudi d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité sur ce sujet.

Le président français Emmanuel Macron a également demandé "une trêve" dans cette région, où le régime syrien s'en prend "aux civils", ce que la France condamne "vigoureusement".

Sur un autre front de la guerre, les forces prorégime ont renforcé leur déploiement dans la région d'Afrine (nord-ouest) pour venir en aide à une milice kurde syrienne (YPG, Unités de protection du peuple) cible depuis un mois d'une offensive militaire de la Turquie voisine.

La Turquie a affirmé qu'elle considérait comme une "cible légitime" tout groupe qui viendrait en aide aux YPG, une "organisation terroriste" selon elle.

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