NOUVELLES
20/02/2018 23:23 EST

France: présentation de la loi immigration qui divise le camp Macron

Le gouvernement français présente mercredi son projet de loi controversé sur l'asile et l'immigration, un texte dont la fermeté est critiquée par la gauche et les associations et qui fait des vagues jusque dans la majorité du président Macron.

Après la présentation en Conseil des ministres, le texte, qui prévoit notamment l'allongement des durées de rétention administrative et la réduction à six mois les délais d'instruction de la demande d'asile, doit être discuté au parlement en avril.

Qualifié d'"équilibré" par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, le projet de loi suscite des critiques et des crispations jusqu'au sein du parti présidentiel LREM où certains députés le jugent trop répressif.

"Les plus fragilisés seront sanctionnés. Il n'est pas interdit de mettre un peu d'humanité dans un texte de loi", a déploré à l'Assemblée nationale le député LREM Jean-Michel Clément, un ancien socialiste.

Les associations d'aide aux migrants et la gauche sont, elles, vent debout contre un texte "profondément déséquilibré" selon France terre d'asile et qui représente, pour l'association Cimade, un "très net recul des droits".

Plusieurs acteurs de l'asile seront en grève mercredi: l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), qui n'avait pas connu de tel mouvement depuis cinq ans, mais aussi la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), qui entamera son neuvième jour de protestation.

La droite et l'extrême droite, en revanche, considèrent le texte trop laxiste. Il est fait de "petits ajustements technocratiques" mais ne prévoit pas "la transformation nécessaire de la politique d'immigration", vilipende le député du parti Les Républicains (LR) Guillaume Larrivé.

- 'Trop d'immigrés' -

La question de l'immigration a été l'un thèmes de la campagne présidentielle l'an dernier en France, marquée par la qualification pour le deuxième tour de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen.

Le pays a enregistré un peu plus de 100.000 demandes d'asile en 2017 (un record, en hausse de 17% par rapport à 2016) et a accordé l'asile à 36% des demandeurs. La France comptait près de six millions d'immigrés en 2014.

Selon un sondage BVA, les Français sont majoritairement favorables au droit d'asile. Mais en même temps, 63% d'entre eux jugent qu'"il y a trop d'immigrés" et 37% seulement adhèrent à l'action d'Emmanuel Macron en matière migratoire.

Le Premier ministre Edouard Philippe a défendu le texte lundi en affirmant qu'il "s'inscrit dans le cadre plus large de notre politique d'immigration et d'asile", qui "repose sur deux principes, humanité et efficacité".

Pour mettre l'accent sur le côté "humaniste", le Premier ministre a reçu ce jour-là un rapport sur l'intégration des étrangers aux mesures ambitieuses.

Mais c'est surtout la "fermeté" affichée dans le projet de loi qui a focalisé l'attention ces dernières semaines.

- Funambule -

L'une des mesures-phares, visant à faciliter les expulsions, est le doublement de la durée maximale de rétention à 90 jours (voire 135 en cas d'obstruction), pour rapprocher la France de la moyenne européenne. "Le problème principal tient à notre législation qui, par rapport aux législations européennes, est beaucoup plus favorable", selon M. Collomb.

Le projet de loi sera présenté alors que les esprits sont déjà échauffés par la "circulaire Collomb" sur le recensement des migrants dans l'hébergement d'urgence, que le Conseil d'Etat a refusé de suspendre mardi.

La grogne, d'abord cantonnée aux défenseurs des étrangers, a progressivement gagné les milieux intellectuels, et jusqu'à certains proches d'Emmanuel Macron, même si le gouvernement a lâché un peu de lest en renonçant à la notion de "pays tiers sûr" permettant de renvoyer un candidat à l'asile vers un pays de transit.

Composée d'élus venus de droite comme de gauche, la majorité est ainsi plus que jamais contrainte à un difficile numéro de funambule avec un texte jugé soit trop mou soit trop dur, mais rarement "équilibré" comme le définit le gouvernement.

Face à ces difficultés, la ministre auprès du ministre de l'Intérieur, Jacqueline Gourault, a d'ores et déjà prévenu que les chances de voir les dispositions du projet de loi adoptées avant le 30 juin "sont maigres".

cg-jk/ces