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20/02/2018 23:20 EST

Elections en Italie: Luigi di Maio, le visage modéré des populistes

Luigi Di Maio, candidat des populistes du Mouvement Cinq Etoiles (M5S) au poste de chef du gouvernement italien représente, à 31 ans, le visage rassurant de ce parti contestataire où il a connu une ascension fulgurante.

Devenu en 2013 le plus jeune vice-président de la chambre des députés de l'histoire italienne, à seulement 26 ans, ce Napolitain porte beau avec son physique de gendre idéal, sa coupe de cheveux soignée et son costume-cravate toujours impeccable.

Et surtout, il tranche singulièrement avec Beppe Grillo, le comique fondateur et patron du M5S dont le verbe fleuri et les outrances font depuis longtemps partie du quotidien des Italiens.

Mais à presque 70 ans, ce dernier a manifesté dernièrement son désir de prendre ses distances avec un M5S devenu "mature" en lançant un nouveau blog et en retournant sur les planches où il avait mûri l'idée d'un mouvement basé sur la démocratie participative directe.

Et c'est désormais son fringant dauphin qui occupe le devant de la scène. "Il est très populaire parmi les militants et sa force consiste justement dans le fait d'être complètement différent de Beppe Grillo, aussi bien dans sa communication que dans son apparence", explique à l'AFP Alberto Castelvecchi, professeur de communication à l'université Luiss de Rome.

- 'Rassurant pour les mamans' -

Entré au mouvement en 2007, Luigi Di Maio en a rapidement gravi les échelons jusqu'à parvenir au sommet, en moins de dix ans.

Après un échec aux municipales de 2010 dans sa ville natale de Campanie, il devient député et vice-président de l'assemblée trois ans plus tard avant de s'imposer comme le leader politique incontesté du M5S.

En septembre, il est naturellement désigné candidat au poste de Premier ministre après un vote en ligne des militants où il a obtenu 82% des voix, un score insolent que ses détracteurs attribuent à l'absence de réelle concurrence.

"Di Maio a été créé pour être modéré, rassurant pour les mamans", écrit le journaliste Jacopo Iacoboni dans un livre sur le jeune leader qu'il définit comme "une créature totale de la Casaleggio Associati", la société de conseil informatique qui gère le site internet et l'activité du M5S.

Fils d'un ex-dirigeant du Mouvement social italien, parti néo-fasciste aujourd'hui dissous, Luigi Di Maio réfute le terme de populiste, qu'il juge péjoratif pour qualifier le M5S, et assure ne pas vouloir d'une Italie extrémiste ou anti-européenne.

Doté d'un calme à toute épreuve, selon ses collaborateurs, le jeune candidat est aussi celui qui aura apporté la caution de sérieux qui a longtemps fait défaut au mouvement.

Une image qu'il s'est employé à consolider au cours de la campagne électorale où il a effectué quelques déplacements à l'étranger, rencontrant des étudiants de l'Université américaine de Harvard ou des investisseurs de la City de Londres.

Au risque de froisser l'aile orthodoxe du mouvement, il a également assagi son discours sur la sortie de l'euro, qui n'est plus d'actualité, ou les alliances avec d'autres partis, qui ne sont plus totalement exclues.

- Marionnette -

"Si nous ne pouvions gouverner seuls comme nous le souhaitons, nous lancerions un appel public aux autres forces politiques qui seront représentées au Parlement", a-t-il récemment déclaré.

Car le système électoral italien avantage les partis qui auront su former des coalitions, et complique donc la tâche du mouvement anti-système qui a construit une bonne part de sa popularité sur le refus de ces accords.

"Sur les sujets d'éthique et de l'immigration, la pensée du candidat Premier ministre ressemble à celle d'un surfeur qui suit la vague", écrivait récemment l'hebdomadaire catholique Famiglia Cristiana.

"A-t-on choisi l'homme ou sa disponibilité à se faire guider et conseiller?", s'interrogeait pour sa part le quotidien modéré La Stampa, évoquant "un CV plutôt quelconque" du candidat.

Happé très jeune par la politique, Luigi Di Maio a entamé des études de droit, sans les mener à leur terme.

Quant à ses expériences professionnelles, elles se limitent à avoir été brièvement administrateur d'un site web, assistant réalisateur et stadier.

Ce qui fait dire à ses détracteurs qu'il n'est que la marionnette de Beppe Grillo et n'est pas intellectuellement armé pour diriger la troisième économie de la zone euro.

Ce à quoi il répond: "le chancelier autrichien a mon âge, le président français 40 ans. L'heure est aux jeunes".

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