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20/02/2018 14:04 EST | Actualisé 20/02/2018 14:10 EST

Syrie: six hôpitaux bombardés en deux jours

Plus de 200 civils dont près de 60 enfants ont été tués dans la Ghouta orientale ces derniers jours.

Six hôpitaux de l'enclave rebelle assiégée de la Ghouta orientale, près de Damas, ont été bombardés depuis 48 heures dont trois sont désormais hors service et deux opèrent partiellement, a indiqué mardi le coordinateur régional du bureau des affaires humanitaires de l'ONU pour la Syrie.

"Lundi, cinq hôpitaux: l'hôpital Al-Marj, l'hôpital Saqba, la Maternité de Saqba et l'hôpital Al-Hayat ainsi qu'un autre hôpital à Douma, ont été la cible d'attaques, rendant trois des cinq hôpitaux hors service et deux fonctionnent partiellement", a dit Panos Moumtzis dans un communiqué. "Aujourd'hui, un 6e hôpital aurait été touché dans la localité de Zamalka", a-t-il ajouté.

Le régime s'acharne sur un fief rebelle près de Damas

Les forces gouvernementales ont encore tué mardi des dizaines de civils dans un fief rebelle assiégé aux portes de Damas et font désormais face à l'armée turque dans le nord-ouest de la Syrie, où elles prêtent main forte aux Kurdes.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), l'armée de l'air de la Russie, soutien du régime de Bachar al-Assad, a elle aussi bombardé mardi la Ghouta orientale, pour la première fois depuis trois mois, touchant notamment un des principaux hôpitaux de la région, à Arbine, désormais hors service.

Plus de 200 civils dont près de 60 enfants ont été tués dans la Ghouta orientale par les bombardements aériens depuis dimanche, prélude à une attaque terrestre contre cette enclave assiégée proche de la capitale.

Le bilan est de 17 morts dimanche, 127 morts lundi et 66 morts mardi, selon l'OSDH.

Bombardements sur la Ghouta orientale, en Syrie

L'Unicef a manifesté mardi sa colère en une seule phrase: "Aucun mot ne rendra justice aux enfants tués, à leurs mères, leurs pères, et à ceux qui leur sont chers".

L'opposition syrienne en exil a dénoncé "une guerre d'extermination" et le "silence international" face aux "crimes" du régime Assad dans la guerre qui ravage la Syriedepuis bientôt sept ans.

Les bombardements de civils "doivent cesser maintenant", a déclaré le coordinateur de l'ONU pour l'aide humanitaire en Syrie, Panos Moumtzis, tirant le signal d'alarme pour les quelque 400 000 personnes prises au piège dans la Ghouta orientale.

Mardi, des centaines de blessés ont afflué dans les hôpitaux de fortune, ont constaté des correspondants de l'AFP sur place. Les lits manquent et les blessés sont soignés à même le sol tandis que les salles d'opération tournent à plein régime.

Hôpital hors service

"Nous avons reçu un enfant d'un an, son corps était tout bleu, son cœur battait à peine. Au moment où je lui ouvrais la bouche pour introduire un tube respiratoire, j'ai découvert qu'elle était remplie de sable. Il avait été récupéré sous les décombres", a raconté à l'AFP le docteur Abou Al-Yousr.

"J'ai alors rapidement dégagé le sable de sa bouche mais celui-ci avait atteint les poumons. Nous les avons alors nettoyés et il s'est mis de nouveau à respirer", a expliqué, ému, ce médecin après avoir sauvé l'enfant.

"Il s'agit d'un cas parmi des centaines", selon lui.

"Une femme enceinte de sept mois, souffrant d'une hémorragie cérébrale sévère, a été transportée à l'hôpital de Hammouriyé. Elle a fini par succomber à ses blessures et nous n'avons pas réussi à sauver le foetus".

Selon le quotidien Al-Watan, proche du régime, les frappes sur la Ghouta orientale "sont un prélude à une opération d'envergure (terrestre), laquelle peut commencer à tout moment".

Le régime veut reprendre la Ghouta pour mettre fin aux tirs de roquettes des rebelles sur Damas. Mardi, neuf civils ont péri et 49 ont été blessés dans des bombardements rebelles sur la capitale, selon l'agence officielle Sana.

Le 5 février, l'armée avait déclenché une campagne aérienne de cinq jours d'une intensité inédite sur la Ghouta, faisant environ 250 morts parmi les civils et des centaines de blessés.

Elle a depuis massé des renforts tout autour de cette ancienne zone agricole qu'elle assiège depuis 2013.

La coalition de l'opposition a accusé la Russie de chercher "à enterrer le processus politique" en vue d'une solution au conflit, qui a fait plus de 340.000 morts depuis mars 2011.

Après avoir opposé les rebelles au régime, la guerre s'est complexifiée avec l'implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Tensions à Afrine

Dans la région d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, l'armée turque a tiré sur des forces du régime syrien venues prêter main forte aux milices kurdes que la Turquie veut déloger de ce secteur proche de sa frontière.

Ankara avait mis en garde contre une intervention de Damas à Afrine.

"Les Forces populaires (prorégime) sont entrées dans le district d'Afrine", a affirmé mardi Rojhad Rojava, un responsable de la Défense kurde au sein de l'administration locale.

Le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, a fait état "de centaines de combattants déployés" dans la zone.

Dans un communiqué, les YPG ont indiqué que les "unités militaires" envoyées par le régime devaient "prendre position à la frontière et participer à la défense de l'unité territoriale de la Syrie et de ses frontières".

Mardi, l'agence officielle syrienne Sana a indiqué que "les forces turques avaient ciblé les positions (des forces prorégime) dès leur arrivée dans la région d'Afrine".

A Ankara, les médias étatiques ont fait état de "tirs d'avertissement". "Les groupes terroristes prorégime qui s'efforcent d'avancer vers Afrine ont reculé à environ 10 km de la ville du fait" de ces tirs, a affirmé l'agence Anadolu.

Des forces prorégime "ont tenté de se diriger vers Afrine avec quelques pick-ups mais après des tirs d'artillerie, ils ont été contraints de reculer. Ce dossier est clos pour le moment", a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan.