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20/02/2018 19:30 EST | Actualisé 02/03/2018 08:26 EST

Jean-François Ruel : le rappeur manipulateur dans « Fugueuse »

Découvrez l'entrevue avec l'interprète de Damien!

Marlène Gélineau-Payette.

Avant Fugueuse, avais-tu le désir de travailler en tant que comédien?

Je pense qu'on appelle bien des trucs malgré soi. Quand j'étais jeune, j'ai fait beaucoup de théâtre et d'improvisation. C'était une vraie passion, mais j'ai mis ça de côté au début de l'âge adulte pour me concentrer sur autre chose. À plusieurs moments, ça revenait dans ma tête. J'avais l'impression que je passerais à côté de quelque chose si je n'essayais pas. Pourtant, je n'ai fait aucune démarche pour obtenir ça.

Par contre, quand tu as appris que TVA passait des rappeurs en auditions, tu ne pouvais pas laisser passer ça.

C'était un défi avec moi-même. Je voulais confronter le souvenir d'un talent que je pensais avoir. Finalement, le jour de l'audition, j'ai eu l'impression d'avoir tout manqué. Je devais faire une scène durant laquelle je charme Fanny, une où je suis plus manipulateur et une autre de violence domestique. J'avais imaginé des déplacements, mais je devais rester planté devant la caméra à dire mes répliques, pendant que la colère passait dans mes yeux. Ça m'a vraiment déstabilisé. C'était rough pour mon ego. Je pensais qu'ils ne me rappelleraient pas.

Comment as-tu réagi en découvrant l'ampleur dramatique de la télésérie et de ton personnage?

Ce que les gens semblent trouver terrible à approcher, c'est ça que je trouvais motivant. J'aime ça quand on brasse des affaires à travers les films, les émissions, la littérature, la musique et dans les arts en général. Ça m'aurait moins plu si c'était un téléroman plus conventionnel sur des histoires de coeur. J'aurais été plus réticent à jouer ça. Mais là, je pouvais relever le défi de jouer quelqu'un que je ne suis pas et de prononcer des paroles que je ne dirais jamais. J'avais plus de difficulté à approcher les portions où Damien est doux, charmant et très amoureux, alors que les passages où il est égo-maniaque étaient plus faciles à inventer.

Marlène Gélineau-Payette.

Était-ce complexe de rester crédible en jouant un menteur?

Mon coach m'avait conseillé de ne pas jouer le gars qui ment, mais d'être le plus vrai possible, car des gars comme Damien sont de super acteurs. C'est pour ça qu'ils réussissent leurs coups. Ils arrivent à convaincre des filles à se prostituer pour eux, à avoir trois ou quatre blondes en même temps, et à raconter des histoires différentes à tout le monde. Au début, je me disais que c'était impossible de faire tout ça, de ne pas stresser sa vie et de dormir le soir. Mais l'auteure m'a expliqué que tout était basé sur des recherches. J'ai aussi rencontré une fille qui a été victime de ça, et c'est exactement comme ça que ça fonctionne. J'étais vraiment ahuri! Au final, je me suis dit qu'un menteur compulsif doit d'abord se mentir à lui-même pour convaincre les autres. Quand Damien est avec Fanny, il est vraiment en amour avec elle et il veut faire le clip à Miami. Mais à la minute où il est avec Carlos, il est vraiment un pimp, les filles sont toutes des bitches et l'argent est tout ce qui importe.

Tu devais garder le tout ambigu pour que les téléspectateurs aient des doutes sur ses émotions envers Fanny.

Il ne fallait surtout pas que les gens trouvent que Fanny est juste une fille vraiment conne. On devait comprendre qu'elle embarque dans son jeu, que c'est peut-être un bon gars et que ses parents capotent. Dans ma tête, j'imaginais que Damien avait des instants de lucidité, pendant lesquels il voit quelles saloperies il lui fait subir. Et quand Carlos le confronte en parlant des sentiments qu'il aurait pour Fanny, c'est comme s'il découvrait son secret. Damien se ment à lui-même. Il ne sait plus qui il est. Le personnage se complexifie au fut et à mesure. Dans les épisodes 8, 9 et 10 à venir, les morceaux du décor tombent et il va être pris comme un rat.

Marlène Gélineau-Payette.

Comment se déroulait le tournage des scènes de violence?

On chorégraphie tout avec le coordonnateur de cascades pour que personne ne se blesse et que les coups aient l'air réels, selon les angles de caméra. Ensuite, on tourne en plusieurs segments : on fait le coup, on fige tout, on gère les raccords de maquillage, on reprend, etc. Ce qui est particulier, c'est l'état dans lequel on doit rester pour jouer cette espèce de haine maladive, quand les fils se touchent et que Damien perd le contrôle. Lorsqu'on a tourné la scène avant la fuite de Fanny, j'avais arrêté de parler aux gens sur le plateau pendant deux, trois heures. Je ne décrochais plus de mon personnage.

Ton expérience dans Fugueuse te donne-t-elle envie de jouer à nouveau?

Ouais! Ça a tellement ouvert une porte chez moi. Le cinéma est l'une de mes plus grandes passions dans la vie, à l'extérieur de la musique. Jouer dans Fugueuse m'a vraiment stimulé et rendu heureux. J'ai le goût de continuer. Je viens d'ailleurs de signer en agence pour être représenté et faire des auditions.

As-tu peur d'être éternellement associé à Damien?

Ça se pourrait. J'ai un casting assez typé. Je jouais un rappeur. Les tatous du personnage sont les miens. Peut-être que ce sera mon seul rôle au Québec. Je trouve que c'est l'un des côtés difficiles dans la carrière des comédiens. Même s'ils sont super talentueux, ils doivent attendre qu'un rôle soit écrit et que le casting soit le bon. En musique, je vais en studio quand je veux, j'écris ma chanson, on enregistre un album ou on part en tournée.

Quels sont tes prochains projets en musique?

Avec les Dead Obies, on est au début du processus de création du troisième album, qui sortira peut-être au début 2019. On va également donner quelques concerts cet été. Et personnellement, je travaille sur un album solo. J'ai envie de faire de la musique à une seule voix, d'essayer autre chose. Je suis attiré par le danger, le défi, l'inconnu.

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