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19/02/2018 13:06 EST | Actualisé 19/02/2018 13:36 EST

Le Canada annonce de l'aide pour Haïti et garde confiance en Oxfam

La ministre Bibeau refuse de généraliser et de parler d'une «culture d'entreprise».

Alors que se précise l'ampleur du scandale de nature sexuelle ayant entaché Oxfam en Haïti, la ministre du Développement international implore les Canadiens de garder, comme elle, confiance envers l'organisation humanitaire et ses travailleurs.

"Il faut faire la distinction entre les différents Oxfam, mais il faut aussi faire la distinction entre des individus et des organisations. On ne parle pas d'une culture d'entreprise, loin de là", a argué Marie-Claude Bibeau, lundi, en entrevue avec La Presse canadienne.

Certes, "un cas, c'est un cas de trop", mais il faut éviter de généraliser "quand on pense au nombre de travailleurs humanitaires qu'on a dans le monde", a-t-elle insisté à l'autre bout du fil depuis la capitale haïtienne de Port-au-Prince.

La ministre a offert cette analyse quelques heures après qu'Oxfam eut publié un rapport partiellement caviardé sur les allégations visant sept de ses employés, qui auraient eu recours à des prostituées dans ses locaux haïtiens après le séisme de 2010.

Elle a précisé qu'elle avait obtenu la garantie qu'aucun employé ni aucun fonds canadien n'était lié à la situation en Haïti, soutenant qu'il serait "dommage" que cette affaire ait un impact négatif sur la générosité de la population canadienne.

"J'ai encore une très grande confiance en Oxfam Canada, en Oxfam Québec. Ils m'ont fait la démonstration qu'ils avaient tous les processus en place pour faire de la prévention, et agir s'il y a quoi que ce soit", a expliqué Mme Bibeau.

La ministre, qui effectue actuellement sa troisième visite officielle dans l'île des Antilles, doit rencontrer mardi plusieurs dirigeants haïtiens, dont le premier ministre Jack Guy Lafontant, sept ministres de son gouvernement, ainsi que le président Jovenel Moïse.

Celui-ci a prévenu vendredi dernier que le scandale d'Oxfam était "la pointe de l'iceberg" et réclamé d'autres enquêtes sur des organisations non gouvernementales (ONG) qui sont débarquées en Haïti après le séisme, nommant explicitement Médecins sans frontières.

"Ce n'est pas seulement Oxfam, il y a d'autres ONG qui sont dans la même situation, mais ils dissimulent l'information à l'interne", a dénoncé le président Moïse dans une entrevue accordée à l'agence de presse Reuters.

Faut-il s'attendre à ce que de nouveaux scandales de maltraitance et d'exploitation n'éclatent au grand jour, que ce soit en Haïti ou ailleurs? La ministre Bibeau n'a pas répondu directement à la question, mais elle juge que les actes répréhensibles de la sorte doivent être rapportés.

"Je pense que ça se rattache à tout le mouvement #metoo, il y a l'effet de dénonciation, et c'est bien que ça se fasse. Il faut le savoir, il faut prendre des mesures encore plus importantes pour éviter que ça se produise et pour sévir quand ça se produit", a-t-elle offert.

La solution passe aussi, en partie, par le financement à l'étranger de mesures pour renforcer l'autonomie et le rôle des filles et des femmes, a exposé Mme Bibeau, qui a annoncé lundi une aide de 8,3 millions $ en appui à l'initiative Voix et leadership des femmes.

Le projet dirigé par le Centre d'étude et de coopération internationales s'articule autour de trois axes: le renforcement du pouvoir économique des femmes, la lutte contre la violence basée sur le genre et l'amélioration de la participation de femmes à la prise de décision.