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15/02/2018 22:04 EST | Actualisé 15/02/2018 22:04 EST

«Prendre le large», un aller simple pour Tanger

Le film puise son inspiration dans cette «France d’en bas» rarement représentée au grand écran.

AZ Films

En incarnant une ouvrière qui choisit de s'en aller travailler au Maroc à la suite d'une délocalisation de son usine, Sandrine Bonnaire trouve l'un de ses plus beaux rôles au Cinéma. Réalisé par Gaël Morel, le film Prendre le large puise son inspiration dans cette «France d'en bas» rarement représentée au grand écran.

«C'est vrai, concède Gaël Morel en entrevue. Le cinéma français n'est pas le cinéma qui met en scène le plus la classe populaire. Avec ce film, je voulais aussi rendre un certain hommage à mes racines. Je suis moi-même issu d'un milieu social ouvrier et j'ai vu comment le quinquennat de l'ancien président français, François Hollande, a oublié et méprisé la classe prolétaire.»

Chronique sociale à saveur intimiste, Prendre le large raconte l'histoire d'Édith (Sandrine Bonnaire), une ouvrière solitaire bientôt cinquantenaire qui voit son usine de textile déménager de l'autre côté de la Méditerranée. Le phénomène n'est pas nouveau. La délocalisation des entreprises vers des pays où la main-d'œuvre est la moins chère, l'Europe connaît cela depuis les années 1990.

«Ce qui est nouveau et romanesque, c'est d'avoir imaginé une situation extrême, et sans doute très rare, dans laquelle une Française s'en va rejoindre son usine délocalisée en Afrique du Nord. Ce qui m'intéressait, d'un point de vue cinématographique, c'était de placer un personnage issu d'un milieu très ordinaire confronté à des situations qui lui paraissent extraordinaires. Je n'avais pas de prétention naturaliste, mais plutôt le désir de faire une œuvre avec une histoire, des couleurs, de la musique et du lyrisme.»

Sandrine Bonnaire: une comédienne emblématique

Après avoir dirigé Catherine Deneuve dans Après lui en 2007 et Béatrice Dalle dans Notre paradis en 2011, le réalisateur-acteur, révélé en 1994 pour son interprétation dans Les roseaux sauvages d'André Téchiné, offre à Sandrine Bonnaire un magnifique portrait de femme prise entre le mal de vivre et l'espérance de refaire une vie ailleurs.

«Sandrine fait partie du projet dont j'ai coécrit le scénario avec Rachid O. C'était très important pour moi qu'elle accepte le rôle, car Sandrine a nourri très tôt mon envie de faire du cinéma. Je l'adore. C'est une comédienne emblématique. Elle fait partie des actrices qui génèrent des personnages. L'horreur aurait été qu'elle refuse le film. Comme on est jamais certains, j'ai eu quelques sueurs froides en attendant sa réponse.»

De la campagne française au soleil de Tanger, le sixième long-métrage de Gaël Morel c'est également le choc des cultures pour Édith qui se retrouve étrangère dans un pays inconnu. Les rôles sont alors inversés.

«Édith est quelqu'un qui ne l'a pas eu facile. Quand elle accepte d'être reclassée au Maroc, c'est moins pour le goût de l'aventure que pour continuer à travailler. Elle est le fruit d'un système qui met tout dans le travail. Elle est alors confrontée à la misère des usines marocaines dans lesquelles il n'existe pratiquement aucun droit pour les travailleurs. Toutefois, en dehors de l'usine à Tanger, elle va réaliser progressivement que le travail ce n'est pas tout dans la vie, qu'il existe des liens sociaux forts.»

L'entrevue a été réalisée à Paris grâce à l'invitation d'Unifrance.

Prendre le large – Gaël Morel – Drame – AZ Films – 104 minutes – Sortie en salle le 9 février 2018 – France.