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JO-2018/Patinage artistique: Massot-Savchenko, la victoire de la mondialisation

Elle est d'origine ukrainienne, lui est d'origine française: Aljona Savchenko et Bruno Massot ont tous deux réalisé leur rêve sous les couleurs de l'Allemagne, leur pays d'adoption, en devenant jeudi champions olympiques de patinage artistique en couples.

L'issue est heureuse pour ce couple formé en 2014, après des mois de controverses et un bras de fer terrible pendant plus d'un an et demi entre les fédérations française et allemande au sujet de Massot.

"J'y ai cru depuis le début, que cette histoire était un rêve qui deviendrait réalité", a souri Savchenko. "J'ai dit hier (mercredi) à Bruno: +Nous allons écrire l'histoire+. Et puis tout s'est déroulé comme je l'avais imaginé, et c'est devenu réalité."

Un an et demi où le patineur normand s'est retrouvé coincé dans un no man's land incongru, interdit de concourir, sans ressources, avant d'être enfin libéré par sa fédération fin 2015.

L'histoire commence en avril 2014, le jour où Aljona Savchenko, en quête de partenaire, jette son dévolu sur le Frenchie.

Savchenko, née en Ukraine mais installée depuis 2003 en Allemagne, est déjà une grande star du patinage en couples, quintuple championne du monde avec divers partenaires.

Massot ne pouvait pas refuser une telle offre.

"Je suis Français et j'ai adoré patiner pour la France. Alors oui je patine pour l'Allemagne mais parce que j'ai pensé à ma carrière avant tout", clarifiera Massot dans un entretien à l'AFP, deux ans plus tard.

Mais l'association s'avère osée car si le règlement international prévoit ce genre d'associations, qui ne sont toutefois pas fréquentes, il faut pour cela qu'une des deux fédérations lâche l'un de ses poulains. Et c'est là que la galère commence, la France et l'Allemagne voyant chacune l'or briller dans son camp...

Sans la fameuse "release", une autorisation qui donne la liberté à l'athlète de changer de pays, impossible de se présenter en compétition ni de faire des galas, le gagne-pain des patineurs. Mais aucune des deux parties ne veut céder.

Pourtant l'entente sur la glace entre les deux patineurs est évidente, et immédiate.

Basé à Obertsdorf, en Bavière, depuis l'été 2014 avec Savchenko, Massot, pendant cette traversée du désert, vit avec seulement 200 euros par mois grâce à une aide de la Fédération allemande. Un soutien financier de ses parents, les économies de sa petite amie et une collecte d'un club de supporters allemands lui permettent de survivre.

Une période terrible qui n'a pas raison de leur volonté. Ils s'entraînent chaque jour. "Il n'y a eu aucun compromis jusqu'à ce coup de fil de Didier Gailhaguet (le président de la fédération française, ndlr) pour me dire qu'il voulait arrêter tout ça", se souvient Massot. C'était le 26 octobre 2015 et Massot obtiendra son sésame.

Une libération que le titre olympique de jeudi concrétise de la plus belle des manières.

Quatrième après le programme court, le couple allemand a battu le record du monde de points en libre (159,31 pts) sur "La Terre vue du ciel" du compositeur français Armand Amar, pour doubler sur le fil les favoris chinois et russes, qui ont tous les deux chuté.

"Nous voulions attaquer le programme libre comme des tigres", a expliqué Massot.

Deuxièmes après le programme court mercredi, les Russes sous bannière olympique Evgenia Tarasova et Vladimir Morozov, récemment sacrés champions d'Europe, finissent quatrièmes.

L'Allemagne, grâce Aljona Savchenko et Bruno Massot, remporte ainsi son 8e titre en Corée du Sud, le meilleur bilan jusque-là des pays représentés.

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