POLITIQUE
15/02/2018 17:12 EST | Actualisé 15/02/2018 17:12 EST

Accidents: vaste offensive pour une véritable mise en oeuvre de la stratégie « Vision Zéro »

Pour réduire drastiquement le nombre de décès et de blessés graves sur la route.

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Une large coalition de groupes et d'individus lance un «appel à l'action» aux élus du Grand Montréal. Ils réclament une mise en oeuvre rapide de la stratégie «Vision Zéro», qui vise à réduire drastiquement le nombre de décès et de blessés graves sur la route.

Les signataires de la déclaration commune souhaitent notamment que les élus s'engagent à «abaisser progressivement les vitesses pratiquées et de limiter le temps d'exposition des usagers vulnérables à la circulation motorisée». Un objectif réalisable grâce à des aménagements physiques qui protègent davantage les piétons et les cyclistes.

«Encore trop d'usagers perdent la vie sur les routes du Québec et une stratégie efficace qui vise à diminuer le nombre de morts et blessés graves ne peut se mener en silo», affirme Marie-Soleil Cloutier, professeure et directrice du Laboratoire piéton et espace urbain (LAPS), un des groupes à l'origine de la déclaration.

Du béton, pas des paroles

La Ville de Montréal a adopté, en principe, la stratégie Vision Zéro. Un rapport à cet effet a produit 30 recommandations, dont certaines ont été adoptées par la Ville en septembre. L'ancienne administration de Denis Coderre a toutefois omis une des plus importantes recommandations, soit celle d'identifier systématiquement des aménagements physiques susceptibles de sécuriser les zones à susceptible de conflits entre les automobilistes, les cyclistes et les piétons.

Depuis l'élection de Valérie Plante et de son parti, les élus de Projet Montréal réitèrent constamment qu'il faut cesser l'habitude de refaire une rue sans en revoir l'aménagement.

«Il faut changer la façon de construire nos rues. Au lieu de mettre l'accent sur le comportement des usagers, il faut faire en sorte que l'environnement lui-même réduise les risques pour les usagers», affirme Christian Savard, directeur général de l'organisme Vivre en ville.

«Il faut ralentir les véhicules et réduire la quantité de véhicules sur les routes. Et il faut des aménagements en faveur des piétons», ajoute Sophie Lanctôt, porte-parole de la Société Logique, un organisme axé sur les aménagements qui favorisent l'accessibilité universelle.

En plus de Vivre en ville, du LAPS et de la Société logique, l'appel à l'action est une initiative de Piétons Québec, du Centre d'écologie urbaine de Montréal et de l'Institut national de la recherche scientifique.

Cédez le passage pour cyclistes

La sortie des soixante organismes et individus survient au lendemain du dépôt du mémoire de la Ville de Montréal, dans le cadre de la refonte du Code de la sécurité routière. La métropole réclame notamment que les cyclistes puissent considérer les panneaux d'arrêt comme des «cédez le-passage», une pratique surnommée «l'arrêt Idaho».

Cette proposition de l'administration Plante divise les différents signataires contactés par le HuffPost Québec.

«Différentes études ont démontré que l'arrêt Idaho n'est pas dangereux. C'est même plus sécuritaire parce que, s'il faut s'immobiliser à chaque arrêt et mettre un pied à terre, un cycliste est toujours en mode reprise de momentum. Il est plus vulnérable», affirme M. Savard.

Mais la pratique soulève de l'inquiétude au sein de Société Logique.

«Si tout le monde s'inquiétait du plus vulnérable, ce serait correct. Mais ce n'est pas toujours ça qui se passe. Une personne âgée ne va pas nécessairement être sure que le cycliste va s'arrêter», souligne Mme Lanctôt.

La proposition de fermer la voie Camillien-Houde aux automobilistes de transit semble toutefois jouir d'une certaine unanimité. Les différents organismes notent que ce genre de mesure est susceptible de réduire le nombre de kilomètres parcourus en voiture.

«Quand on prend une décision comme celle-là, on a tendance à surestimer le nombre de voitures qui vont se trouver sur d'autres routes. On oublie que l'offre routière attire le trafic. Quand on réduit l'offre, les gens modifient leurs habitudes de déplacements», affirme M. Savard.

Véronique Fournier, directrice du Centre d'écologie urbaine, estime que les voitures n'ont pas leur place sur le mont Royal.

«Est-ce qu'on enverrait 10 000 voitures sur les Plaines d'Abraham?», lance-t-elle.

Les plaines d'Abraham sont traversées par plusieurs rues, mais leur utilisation comme voie de transit n'est pas optimale à cause des sens uniques.