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08/02/2018 02:10 EST

Philippines: le porte-parole de Duterte révèle l'ouverture d'investigations par la CPI

Le porte-parole du président philippin Rodrigo Duterte a annoncé jeudi l'ouverture par la Cour pénale internationale (CPI) d'investigations sur les accusations de crime contre l'humanité portées contre lui en raison de sa guerre meurtrière contre la drogue, soulignant qu'il les démentait.

Un avocat philippin avait déposé voici dix mois un dossier d'informations auprès de la Cour basée à La Haye accusant le président Rodrigo Duterte d'avoir causé la mort d'environ 8.000 personnes dans sa politique antidrogue.

La procureure de la CPI a récemment informé l'ambassade des Philippines que la Cour ouvrait un "examen préliminaire", étape préalable à une enquête, dans ce dossier, a déclaré à la presse Harry Roque.

"Nous considérons bien entendu cette décision comme une perte de temps et de ressources", a-t-il déclaré. Face aux menaces contre l'Etat et les citoyens, M. Duterte se borne "à faire un usage légal de la force", a-t-il ajouté.

M. Duterte avait été élu dans un fauteuil en 2016 après une campagne sécuritaire outrancière, promettant d'éradiquer le trafic de drogue en faisant abattre des dizaines de milliers de délinquants.

Depuis lors, près de 4.000 trafiquants et usagers de drogue présumés ont été tués des mains de la police. Les autorités enquêtent également sur plus de 2.000 autres meurtres "commis en relation avec la drogue" par des inconnus.

Les défenseurs des droits de l'homme estiment que le réel nombre de tués est le double des chiffres officiels, et qu'une bonne partie des meurtres ont été commis par des miliciens de l'ombre.

La police, elle, dit agir en état de légitime défense.

Jude Sabio, l'avocat derrière le dépôt de dossier, s'est dit "transporté de joie" par la décision de la CPI. "C'est un grand pas car finalement, le système d'escadrons de la mort mis en place par Duterte pourra faire l'objet d'une enquête", a-t-il déclaré, espérant qu'elle débouche sur l'arrestation du président.

Mais M. Roque a souligné que la mission philippine allait faire valoir l'incompétence de la CPI qui "est un tribunal de la dernière chance", de dernier recours, alors que la justice philippine fonctionne parfaitement selon lui.

"Personne ne doit revendiquer la victoire car nous en sommes seulement au stade de l'examen préliminaire", a dit cet ancien professeur de droit. "De toute évidence, c'est destiné à mettre le président dans l'embarras. Mais le président est un avocat, il connaît les procédures. Ils vont échouer".

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