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08/02/2018 03:33 EST

Allemagne : Merkel sent la colère monter dans ses rangs

L'accord de gouvernement avec les sociaux-démocrates passe mal chez de nombreux conservateurs allemands pour lesquels trop de concessions ont été faites au nom d'un quatrième mandat pour Angela Merkel.

"La composition du gouvernement est une erreur politique", a tonné le député de la CDU Christian von Stetten sur la télévision publique ARD jeudi.

Il est rare d'entendre une critique aussi clairement formulée au sein de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), où la culture de la confrontation publique est -contrairement au SPD- peu répandue.

Le président du conseil économique de la CDU, Wolfgang Steiger, parle de son côté d'"un résultat des négociations lamentable" dans le journal régional Neue Osnabrücker Zeitung, quand le chef du gouvernement du Schleswig Holstein (nord) Daniel Günther évoque plus diplomatiquement "un résultat qui ne peut pas satisfaire l'Union".

La veille, les partenaires avaient annoncé un contrat de coalition conclu de haute lutte visant à donner enfin un gouvernement à la première économie européenne plus de quatre mois après les élections législatives marquées par un repli des partis traditionnels et une percée historique de l'extrême droite.

Au final, ce seront les militants du SPD qui décideront début mars si ce nouvel exécutif pourra voir le jour.

A entendre certaines réactions de cadres conservateurs, il est heureux que la CDU n'ait pas conditionné la formation du gouvernement à un vote de ses adhérents, ironise la Süddeutsche Zeitung.

- Le cadeau de Merkel -

C'est surtout la perte du ministère des Finances qui cause le plus d'émoi. Son précédent occupant, le chantre de l'austérité et très respecté Wolfgang Schäuble, aujourd'hui président de la chambre des députés, avait su défendre les intérêts allemands en Europe, juge-t-on dans les rangs conservateurs.

A présent, le danger est grand de voir "la politique européenne du SPD s'installer au ministère des Finances", estime M. Steiger, en référence à des risques de dérapage des finances pour plus d'investissements en Europe, dans un pays si fier de son excédent budgétaire.

Et puis il y a aussi ceux dont le silence pèse lourd: comme celui du jeune et ambitieux Jens Spahn, l'un des ministrables à partir bredouille. Même traitement pour Annegret Kramp-Karrenbauer, la cheffe du gouvernement de la Sarre, pourtant évoquée comme potentielle successeur d'Angela Merkel.

"Merkel a offert le gouvernement au SPD", résume même le quotidien Bild. Le plus important pour celle qui a déjà passé douze ans au pouvoir: rester chancelière, quel qu'en soit le prix, dénonce le journal le plus lu d'Allemagne.

- 26 février -

Sur le contenu aussi, les observateurs notent l'absence d'empreinte chrétienne-démocrate.

Le SPD a obtenu plusieurs concessions, en matière de santé ou d'emploi, et six ministères dont les Finances et les Affaires étrangères. La CDU doit elle se contenter de l'Economie et de la Défense parmi les gros portefeuilles.

Et les conservateurs bavarois (CSU) qui voulaient mordicus une limite annuelle pour l'accueil de réfugiés, l'obtiennent, en plus de trois ministères. Leur chef Horst Seehofer prend même la tête d'un "super-ministère" de l'Intérieur et de la Patrie, remplaçant un proche de la chancelière, Thomas de Maizière qui quitte le gouvernement.

"La CDU a presque cédé sur tout dans la répartition des ministères", résume Uwe Jun, politologue à l'université de Trèves, cité dans Bild. "Que reste-t-il à la CDU? Merkel", ironise de son côté le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung.

La chancelière va sans doute rester sous pression un moment car "cela prendra du temps avant qu'elle puisse retrouver sa position initiale" de cheffe incontestée, estime Jürgen Falter, politologue à l'université de Mayence (ouest) à la télévision publique ZDF.

L'ambiance au congrès de la CDU du 26 février, qui doit approuver l'alliance avec le SPD, sera en tout cas un test important pour la popularité de Mme Merkel.

Et que ses détracteurs se rassurent, "ce gouvernement ne va pas durer longtemps", prédit la Süddeutsche Zeitung, car le mariage de raison entre conservateurs et sociaux-démocrates ne convainc en fait pas grand monde.

"Dans de grandes parties du pays, le sentiment se répand que ça ne peut pas continuer comme ça", juge le journal.

ilp/alf/lb