NOUVELLES
08/02/2018 07:34 EST

Afrique du Sud: l'opposition exige la fin de "l'impasse"

L'opposition sud-africaine a accentué jeudi la pression sur le président Jacob Zuma en demandant d'avancer à mardi le vote d'une motion de défiance pour sortir "au plus vite de l'impasse" créée par son refus de démissionner, malgré les injonctions de son parti.

Le président et son probable successeur Cyril Ramaphosa, le nouveau patron du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, ont engagé officiellement mardi des pourparlers "fructueux" en vue de négocier "la transition".

Jeudi soir, l'ANC a assuré que leur conclusion était "imminente".

Mais pour l'opposition, "l'Afrique du Sud ne peut pas continuer à rester dans l'incertitude" pendant que les deux hommes clé de la crise "continuent à se battre sur les termes du départ de Zuma".

"Nous avons besoin de sortir au plus vite de cette impasse", a estimé le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), demandant au parlement d'avancer du 22 février au mardi 13 février une motion de défiance.

La balle est désormais dans le camp de la présidente de l'assemblée, Baleka Mbete, qui peut décider ou non d'accepter la requête.

Perdant aussi patience, le parti de gauche radicale des Combattants pour la liberté économique (EFF) a promis une journée villes mortes, à une date qui reste à déterminer.

Le chef de l'Etat, discrédité par des scandales à répétition, a déjà survécu à huit motions de défiance depuis son arrivée au pouvoir en 2009. Mais il est désormais lâché par la toute nouvelle direction de son parti, laissant planer la possibilité que cette motion puisse cette fois être adoptée.

Dimanche, le "Top Six" - les six plus hauts responsables de l'ANC - a fait le déplacement chez Jacob Zuma à Pretoria pour le prier de partir. Ils ont essuyé une fin de non-recevoir.

"Nous avons dit au président Zuma (...) que nous voulions que Ramaphosa prenne non seulement les rênes de l'ANC mais aussi des affaires de l'Etat", a raconté le trésorier général du parti, Paul Mashatile.

"En gros, le président Zuma nous a dit: +Je n'irai nulle part+", a-t-il expliqué lors d'une intervention privée dont l'enregistrement a été obtenu par le site d'informations Times LIVE.

- Immunité -

Les tractations à huis clos se jouent désormais directement entre MM. Zuma et Ramaphosa, qui a fait le point jeudi avec les parlementaires de son parti.

Rien n'a filtré officiellement de ce briefing. Mais l'ANC a tenu, dans ce climat prompt aux rumeurs, à démentir que le président Zuma démissionnerait samedi et qu'il obtiendrait "l'immunité". "Ces informations sont fausses", a affirmé le parti.

Si les négociations s'étirent en longueur, c'est que le chef de l'Etat, menacé de poursuites judiciaires dans plusieurs affaires de corruption, "cherche à obtenir une immunité pour lui et plusieurs membres de sa famille", a estimé Robert Besseling, analyste pour le groupe EXX Africa.

Des voix s'élèvent déjà contre un tel scénario. M. Zuma "n'est pas au-dessus des lois", a estimé le chef de la DA, Mmusi Maimane.

Mais "tant que Jacob Zuma sait qu'il sera poursuivi, il ne démissionnera pas (...) Cela met Ramaphosa dans une position très compliquée", lui qui entend lutter contre la corruption, a relevé Amanda Gouws, professeur de sciences politiques à l'université de Stellenbosch.

En pleines négociations, M. Ramaphosa a annulé jeudi plusieurs engagements prévus dans les deux prochains jours. Il est en revanche toujours attendu dimanche au Cap pour un meeting organisé à l'occasion du centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, icône du parti.

Le seul engagement officiel du président Zuma d'ici la fin de la semaine a lui été reporté.

Plus tôt cette semaine, le Parlement avait repoussé le discours annuel du président de la République, prévu jeudi. Une première dans l'histoire de l'Afrique du Sud.

Il s'agissait officiellement d'éviter les débordements dans l'hémicycle. Mais pour les experts, ce changement de calendrier visait à laisser du temps pour trouver une sortie de crise.

gw-bed/pa/jpc