POLITIQUE
07/02/2018 19:49 EST | Actualisé 07/02/2018 23:30 EST

Les organismes communautaires du Québec lancent un cri d'alarme

Près de 30 000 personnes ont signé leur pétition.

Quelque 4000 organismes veulent se départager 475 millions S pour maintenir l'état de leurs services aux citoyens. Le salaire de leurs travailleurs est d'environ 18,70$ de l'heure.
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Quelque 4000 organismes veulent se départager 475 millions S pour maintenir l'état de leurs services aux citoyens. Le salaire de leurs travailleurs est d'environ 18,70$ de l'heure.

QUÉBEC – Des organismes communautaires qui ont écopé des conséquences de l'austérité libérale réclament maintenant leur part du gâteau des surplus budgétaires de l'État. Ils espèrent récolter plus que des miettes lors du prochain budget.

Une pétition de près de 30 000 signataires de la campagne Engagez-vous pour le communautaire a été déposée à l'Assemblée nationale, mercredi, pour exiger un réinvestissement de 475 millions $ qui aiderait 4000 organismes communautaires dans le domaine de la famille, de la santé et des services sociaux, de l'éducation, de l'immigration et de la défense des droits.

« Le gouvernement nous répète que les coupures, c'est terminé, les réinvestissements sont arrivés. Mais nous, on parle d'austérité. L'austérité est peut-être terminée du côté du gouvernement, mais c'est loin d'être terminé dans les organismes communautaires », a martelé Caroline Toupin, porte-parole de la campagne.

Quand les gens se butent à une porte fermée dans le réseau public, c'est vers nous qu'ils se tournent pour faire face à leur propre désespoir.Caroline Toupin, Engagez-vous pour le communautaire.

Les signataires de la pétition souhaitent également l'indexation du financement aux organismes, une valorisation de l'autonomie du mouvement communautaire au Québec, ainsi qu'un réinvestissement « important » dans les services publics.

« Depuis les dernières années, le téléphone explose, les demandes explosent de la part de la population en raison des coupures dans les services publics, les programmes sociaux. Donc, quand les gens se butent à une porte fermée dans le réseau public, c'est vers nous qu'ils se tournent pour faire face à leur propre désespoir », soutient Mme Toupin.

Les besoins sont d'autant plus criants avec le vieillissement de la population, fait valoir Johanne Nasstrom, directrice générale de la Table régionale des organismes communautaires (TROC) de la Montérégie. Il n'est pas rare de voir des organismes donner du répit d'urgence à des parents âgés à bout de souffle qui ont un enfant adulte ayant une déficience intellectuelle, par exemple.

Le PQ et QS à leurs côtés

Québec solidaire dit appuyer les revendications de la campagne Engagez-vous pour le communautaire, y compris la cible de 475 millions $ de refinancement avec une indexation.

« Quand on investit dans le milieu communautaire, on ne dépense pas de l'argent, on investit, fait valoir Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin. Si le milieu communautaire avait les moyens d'accomplir réellement sa mission, ça, c'est des économies incroyables pour toute la société québécoise. »

Harold Lebel, le porte-parole du Parti québécois en matière de lutte contre la pauvreté, dit que son parti s'est engagé à 200 millions $ avec une indexation. Le PQ appuie aussi la hausse du salaire minimum à 15$ de l'heure.

M. Lebel insiste sur le fait que le gouvernement doit respecter l'autonomie des organismes communautaires et cesser de rattacher l'argent promis à des cibles ou des stratégies déterminées par le gouvernement.

LA PRESSE CANADIENNE
La ministre Lucie Charlebois «sensibilise» le ministre Leitao aux besoins des organismes pour le prochain budget.

« S'il n'y avait pas eu des groupes communautaires, on n'aurait pas d'aide juridique au Québec. On n'aurait pas de CPE au Québec. On a besoin de ça pour l'avenir du Québec. On a besoin d'un milieu communautaire fort pour l'avenir de notre nation, maudit! »

Aucun député libéral ni caquiste n'était présent lors de la conférence de presse avec les organismes communautaires.

Le porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ), Samuel Poulin, dit que les députés n'étaient pas disponibles pour l'annonce, alors que le chef François Legault a tenu une mêlée de presse cinq minutes avant le début de la conférence de presse.

« On s'affiche régulièrement avec les organismes communautaires à l'intérieur de nos comtés. On travaille avec eux en collaboration sur une multitude de projets », soutient M. Poulin.

Une rencontre « courtoise »

Des représentants des organismes communautaires ont rencontré le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour la première fois mercredi en après-midi. La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, qu'ils connaissent bien, était également présente.

Mme Nasstrom, de la TROC-Montérégie, reconnaît que le ministère de la Santé n'est « pas facile à gérer ». « Ce qu'on lui dit, c'est qu'on a des solutions à proposer, dit-elle. Maintenant, aidez-nous à ce qu'on puisse mettre de l'avant ces solutions-là. Ne concentrons pas seulement nos ressources financières lorsque la personne est complètement à terre, incapable de fonctionner. »

La porte-parole de la ministre Charlebois, Alexandra Régis, a qualifié la rencontre de « courtoise », mais précise que de nouvelles sommes ne seront pas annoncées avant le prochain budget. Elle dit que Mme Charlebois « sensibilise beaucoup » son collègue des Finances, Carlos Leitao, aux besoins des organismes.

Le bureau de la ministre Charlebois dit qu'elle n'a pas reçu d'invitation d'Engagez-vous pour le communautaire pour assister à la conférence de presse.

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