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05/02/2018 04:28 EST

Grèce: guerre des chiffres autour de la querelle sur le nom de Macédoine

Un million et demi de manifestants selon les organisateurs, 140.000 selon la police: les chiffres valsaient lundi en Grèce pour estimer l'ampleur de la manifestation de la veille sur le nom de la Macédoine, et son effet sur les négociations en cours avec Skopje.

Le rassemblement, qui a transformé la place centrale de Syntagma en une mer de drapeaux grecs, est sans conteste le "plus gros de ces 25 dernières années" dans la capitale, pourtant coutumière ces dernières années de grandes manifestations anti-austérité, relève pour l'AFP Manos Papazoglou, professeur de Sciences politiques à l'université de Péloponnèse.

Mais pour les analystes et médias, y compris d'opposition, le compte des organisateurs, qui s'étaient fixé comme objectif de rameuter un million de personnes, n'y est pas.

Les calculs de la police n'apparaissent guère plus crédibles, malgré les assurances du ministre en charge de l'ordre public, Nikos Toskas. "Les chiffres données étaient totalement exacts", a-t-il martelé dans une intervention matinale sur un plateau de télé.

Le politologue Ilias Nikolakopoulos avance pour l'AFP une estimation de quelque 300.000 manifestants.

De son côté, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Dimitris Mardas, a pris le risque de fâcher son camp en estimant la foule à quelque 500.000 personnes.

De quoi faire reculer le gouvernement dans sa volonté de régler avec Skopje une querelle vieille de 27 ans?

C'est en effet pour protester contre le compromis envisagé -- qui autoriserait l'Etat voisin à conserver dans son nom le terme de Macédoine assorti d'un déterminant du type Macédoine du Nord ou Nouvelle Macédoine -- que les foules ont afflué.

Pour Nikos Marantzidis, professeur au département des Études balkaniques de la faculté de Thessalonique, la démonstration de force a surtout émané du "traditionnel public nationaliste de droite et d'extrême-droite", sans caractère, selon lui, de raz de marée dans l'opinion.

L'issue des négociations "dépendra avant tout du jeu diplomatique" entre Athènes d'une part, l'UE et l'Otan de l'autre, soucieuses de stabilité dans les Balkans, ainsi que des concessions que Skopje est prête à faire, relève pour sa part M. Papazoglou.

"Mais la manifestation a lancé un message clair de méfiance envers le gouvernement, qui doit être très prudent et prendre en compte la capacité de mobilisation sur des questions nationales", juge-t-il.

M. Nikolakopoulos s'inquiète pour sa part de l'image d'intransigeance lancée ainsi par les Grecs: "En cas d'échec des pourparlers, il serait du coup facile de faire retomber la faute sur la Grèce", estime-t-il.

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