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05/02/2018 06:25 EST

Abdeslam défie la justice à son premier procès à Bruxelles

"Je n'ai pas peur de vous, je place ma confiance en Allah ". Salah Abdeslam, le seul membre encore vivant des commandos jihadistes de novembre 2015 à Paris, a refusé de répondre et défié la justice lundi à l'ouverture de son procès à Bruxelles dans un autre dossier.

Dans l'après-midi, une peine de vingt ans de prison a été requise contre lui pour cette fusillade avec la police à Bruxelles à la fin de sa cavale, en mars 2016.

"Je ne souhaite pas répondre, à aucune question", a très vite clarifié le prévenu, entouré de deux policiers encagoulés, lorsqu'a commencé son interrogatoire sur les faits.

Mais "mon silence ne fait de moi ni un coupable ni un criminel, c'est ma défense", a ajouté le Français d'origine marocaine, barbe fournie et cheveux gominés rabattus en arrière, soulignant qu'à ses yeux "les musulmans sont jugés et traités de la pire des manières, impitoyablement".

"Je n'ai pas peur de vous, je n'ai pas peur de vos alliés, de vos associés, je place ma confiance en Allah et c'est tout", a-t-il lancé à la présidente du tribunal Marie-France Keutgen, après s'être dit "fatigué".

La procureure fédérale Kathleen Grosjean a requis, dès lundi après-midi, une même peine de 20 ans de prison contre lui et contre Sofiane Ayari, lui aussi accusé d'avoir tiré sur des policiers le 15 mars 2016 dans la commune bruxelloise de Forest.

Il s'agit de la peine maximale prévue en correctionnelle pour les faits jugés, selon la représentante du parquet. Des sources judiciaires avaient précédemment estimé qu'elle pouvait atteindre 40 ans.

- Aucune image -

Extrait en fin de nuit de la prison de Fleury-Mérogis en région parisienne, l'ex-"ennemi public numéro un" s'est présenté devant le tribunal correctionnel vêtu d'une veste claire et d'un pantalon noir.

Comme Sofiane Ayari, il est entré dans la salle d'audience encadré par deux policiers armés. Son avocat Sven Mary a fait savoir que son client ne souhaitait qu'aucune image de lui ne soit prise par les médias.

Le procès de Bruxelles, censé durer quatre jours, n'est qu'un préambule à celui qui aura lieu en France pour les attentats qui y ont fait 130 morts. Il était néanmoins très attendu.

Le jeune homme, qui a grandi dans le quartier bruxellois de Molenbeek où il a d'abord été connu comme étant un petit délinquant avant de se radicaliser, apparaît au coeur d'une cellule jihadiste impliquée dans au moins trois dossiers terroristes majeurs.

Les attentats de novembre 2015 à Paris, ceux du 22 mars 2016 à Bruxelles (32 morts) et l'attaque avortée dans le train Thalys Amsterdam-Paris en août 2015 relèvent "peut-être d'une unique opération" de l'organisation jihadiste Etat islamique (EI), estime le parquet fédéral belge.

C'est ce qui a poussé une association de victimes du terrorisme, V-Europe, à se porter partie civile au procès. Une demande qui sera débattue au cours d'une autre audience, le 29 mars, a tranché la présidente.

Face au silence du prévenu, "la déception est là mais on a aussi des motifs d'espérance", a dit à l'AFP Me Guillaume Lys, qui défend cette association créée au lendemain des attentats de Bruxelles. "Ce n'est pas parce qu'il refuse de parler que son avocat ne va pas nous apprendre des choses", a-t-il ajouté.

- 'Scène de guerre' -

Les faits jugés à Bruxelles remontent donc au 15 mars 2016. Des enquêteurs français et belges avaient été surpris par des tirs pendant une perquisition de routine dans une des planques bruxelloises de la cellule, située rue du Dries à Forest.

Trois policiers avaient été blessés et un jihadiste algérien de 35 ans, Mohamed Belkaïd, tué en leur faisant face avec une kalachnikov pour couvrir la fuite de Salah Abdeslam et de Sofiane Ayari.

"C'est une véritable scène de guerre à laquelle les policiers ont été confrontés (...) C'est un miracle qu'il n'y ait pas eu de morts" parmi eux, a dit lundi la procureure Mme Grosjean.

Cet épisode avait précipité la fin de la cavale de celui qui était alors l'homme le plus recherché d'Europe et dont l'empreinte ADN avait été découverte dans la planque.

Il avait été interpellé avec son complice Sofiane Ayari trois jours plus tard, le 18 mars, à Molenbeek. Leur arrestation avait été considérée par les enquêteurs comme l'élément déclencheur des attentats du 22 mars 2016, quand trois kamikazes se sont fait exploser à l'aéroport et dans le métro de la capitale belge.

Malgré ses dénégations, Mme Grosjean s'est dite convaincue que Sofiane Ayari avait lui aussi tiré sur les forces de l'ordre au cours de la fusillade de mars 2016.

Jugé dans l'ombre de Salah Abdeslam, il est lui aussi soupçonné dans le cadre de l'enquête sur les attentats parisiens, où il apparaît sous plusieurs fausses identités.

Ce Tunisien de 24 ans, arrivé en Europe via l'île grecque de Leros en se mêlant au flot de réfugiés principalement syriens, fait partie de la dizaine de jihadistes que Salah Abdeslam a convoyés depuis l'Europe centrale entre août et octobre 2015.

Un dispositif de sécurité hors norme a été mis en place dans et autour du Palais de justice pour ce procès, un hélicoptère survolant l'imposant bâtiment du XIXe siècle, tandis que des véhicules blindés de la police en protégeaient l'accès.

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