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04/02/2018 04:26 EST

Marée de drapeaux grecs déployés contre un compromis sur le nom de Macédoine

Une marée de drapeaux grecs était déployée dimanche sur la place Syntagma d'Athènes, au début d'une manifestation d'opposants au compromis sur le nom de la Macédoine envisagé par le gouvernement grec.

Outre ceux agités par les milliers de manifestants, aux cris de "Bas les pattes Macédoine !", "La Macédoine est grecque !", voire "Macédoine signifie Grèce !" ou "Nous ne partirons pas tant que nous n'aurons pas obtenu justice !", un drapeau grec géant flottait au-dessus de la place.

Parmi les manifestants, beaucoup de familles et de personnes âgées, et parmi les personnalités, l'ancien Premier ministre de droite conservatrice ND, qui était ministre des Affaires étrangères en 1991, quand la querelle avec la Macédoine, devenue indépendante cette année-là, a éclaté. Ainsi que des maires, des membres du clergé et des militaires.

L'orateur vedette devait être Mikis Theodorakis en personne, une des rares sorties du compositeur âgé de 92 ans.

Sa maison du centre historique a été vandalisée samedi après-midi, ne faisant que renforcer son ardeur. Il a appelé les manifestants à "ne pas être intimidés".

La manifestation est en grande partie organisée et financée par des groupes de la diaspora grecque, des associations de militaires à la retraite, des groupes religieux et des associations culturelles de la Macédoine grecque.

- 'Grecque et seulement grecque' -

Aucun chiffre sur le nombre des participants au rassemblement n'était disponible vers 12H30 GMT, ni de la part de la police ni de celle des organisateurs, tandis que les orateurs commençaient à s'exprimer.

Les organisateurs souhaitent que la participation dépasse le million, c'est-à-dire selon eux trois fois plus qu'il y a quinze jours à Thessalonique, la capitale de la province grecque de Macédoine. La police alors avait compté "plus de 90.000 personnes", les organisateurs de 400.000 à 500.000 personnes.

Les participants ont notamment été acheminés du nord de la Grèce par quelque 2.500 cars et de Crète par deux ferries.

Plusieurs manifestants portaient des costumes traditionnels, notamment l'uniforme des Grecs qui avaient combattu les Bulgares en Macédoine au début du XXe siècle.

"La Macédoine est grecque et seulement grecque. Ils veulent voler l'histoire, nous devons nous battre et faire en sorte que le monde entier le sache", s'insurgeait Allia Sarellis, un membre de la diaspora grecque qui a fait le voyage à partir des Etats-Unis.

Les manifestants s'opposent à ce que le mot Macédoine figure dans le futur nom du pays voisin, que ce soit Haute Macédoine ou Macédoine du Nord, un compromis sur lequel semblent être prêts à discuter le gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras et le nouveau Premier ministre macédonien social-démocrate Zoran Zaev.

"Le moment est venu" de trouver une solution, a pour sa part considéré cette semaine à Athènes l'émissaire des Nations unies sur cette question, Matthew Nimetz.

La querelle dure depuis l'indépendance de l'ancienne république yougoslave, les Grecs craignent notamment qu'en s'attribuant officiellement le simple nom de Macédoine, ce pays n'ait des vues sur la région grecque du même nom, le berceau des grands rois du IVe siècle avant JC Philippe II et surtout son fils Alexandre le Grand.

Résultat, la Grèce bloque depuis 25 ans l'accession de son voisin à l'Otan et ses démarches pour entrer dans l'UE.

- 59% des Grecs contre un compromis -

Un récent sondage Pulse pour la télévision Action 24 montre que 59% des Grecs sont en désaccord avec la présence du mot Macédoine dans le futur nom de ce pays, contre 35% que cela ne dérangerait pas.

La presse grecque s'interrogeait dimanche sur les répercussions intérieures de cette mobilisation. "Le nationalisme est plus dangereux que les dangers extérieurs", remarquait le quotidien pro-gouvernemental Avghi.

Le journal libéral Kathimerini estimait que la manifestation "pourrait engendrer des faits nouveaux sur la scène politique intérieure".

De fait, le principal parti d'opposition, Nouvelle Démocratie (ND) accuse M. Tsipras d'avoir relancé ce débat à des fins de politique intérieure, pour diviser la droite. "J'ai une responsabilité envers le pays", celle de faire aboutir ce dossier, a rétorqué M. Tsipras, excluant avoir de telles intentions.

"Le gouvernement essaie de trouver une solution patriotique à un problème qui a troublé le pays, ses relations internationales et sa diplomatie pendant 25 ans", a insisté le porte-parole du gouvernement Dimitris Tzanakopoulos dans une interview dimanche.

Pour Nikolaos Tzifakis, un professeur de Sciences politiques à l'Université du Péloponnèse (sud), "de nombreuses personnes considèrent à présent le changement de politique (sur ce sujet) à travers le prisme de la crise économique et le voient comme la concession de trop".

Une manifestation d'anarchistes devait précéder la manifestation sur le nom de la Macédoine et la police antiémeutes était déployée pour maintenir les deux camps séparés.

jph/od/bds