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04/02/2018 13:07 EST

Costa Rica: les électeurs nombreux pour une présidentielle sans favori

Les Costariciens étaient nombreux dimanche à voter pour le premier tour d'une présidentielle à l'issue très incertaine, après une campagne marquée par le débat sur le mariage homosexuel.

Sous un grand ciel bleu, de longues files d'attente étaient visibles face aux 6.600 bureaux de vote du petit pays d'Amérique centrale, havre de démocratie et de stabilité politique. Ces derniers doivent fermer vers minuit GMT, pour des premiers résultats attendus dans la nuit.

La journée électorale se déroulait dans le calme et avec une forte participation, selon le président du Tribunal suprême électoral, Luis Antonio Sobrado. "La nouvelle, c'est qu'il n'y a pas de nouvelle" sur d'éventuels heurts ou incidents, s'est-il félicité face aux journalistes.

Etudiante de 20 ans exerçant son devoir pour la première fois, Nelia Araya confiait à l'AFP se sentir "un peu nerveuse" au moment d'entrer dans son bureau de vote à San José.

Elle se disait aussi inquiète face au "discours homophobe". "J'ai convaincu tout le monde chez moi de voter pour que ne gagne pas un candidat qui voudrait enlever des droits aux gens", a-t-elle expliqué.

Car, parmi les 13 candidats que doivent départager les 3,3 millions d'électeurs, s'est détaché ces dernières semaines Fabricio Alvarado, député et pasteur évangélique de 43 ans du parti Restauration nationale (évangélique), grimpant à 16,9% d'intentions de vote.

- 36,5% d'indécis -

Dans son discours, une prise de position très ferme contre l'union de personnes de même sexe, question qui a accaparé le débat politique depuis l'appel lancé le 9 janvier par la Cour interaméricaine des droits de l'homme (CourIDH).

Cette institution émanant de l'Organisation des Etats américains (OEA) a exhorté les pays de la région à reconnaître le mariage gay, marquant une évolution majeure en Amérique latine, où les inégalités au détriment de la communauté LGBT sont criantes.

Venu voter dans le quartier de Desamparados, au sud de la capitale, M. Alvarado a été accueilli par une foule de sympathisants.

"Enfin nous avons un candidat qui partage nos valeurs", a dit Delfina Reyes, enseignante à la retraite, se réjouissant de sa campagne axée sur la défense de "la famille" et des "valeurs et principes" chrétiens.

Mais même si M. Alvarado fait la course en tête, jamais auparavant un scrutin présidentiel n'avait été aussi incertain au Costa Rica.

Une enquête du Centre de recherche et études politiques (CIEP) du 31 janvier a montré que 36,5% des électeurs ne savaient toujours pas pour qui voter, soit deux fois plus que les opinions favorables au candidat évangéliste.

Juste derrière lui dans les sondages, on trouve l'ex-député Antonio Alvarez, 59 ans, du parti Libération nationale (PLN, social démocrate), avec 12,4%. Puis, en troisième position, l'ancien ministre Carlos Alvarado (sans lien de parenté avec Fabricio), 38 ans, du parti au pouvoir Action citoyenne (PAC, centre), à 10,6%.

- Fibre conservatrice -

Si aucun n'atteint les 40%, un second tour aura lieu le 1er avril pour désigner le successeur du centriste Luis Guillermo Solis. Les 57 députés du Parlement monocaméral doivent aussi être choisis dimanche.

A l'étranger, près de 32.000 Costariciens étaient appelés à s'exprimer, parmi eux le gardien de but du Real Madrid, Keylor Navas, dont l'arrivée au consulat de la capitale espagnole a provoqué une grande effervescence.

Bien que non contraignant, l'appel lancé par la CourIDH exerce une pression sur les législations locales.

Au Costa Rica, il "a provoqué un choc religieux, ce qui s'est répercuté dans les intentions de vote", selon le CIEP.

Pour le politologue Felipe Alpizar, directeur du CIEP, cela a réveillé la fibre conservatrice des habitants, dont les deux tiers (autour de 65%) rejettent tout à la fois le mariage homosexuel, l'usage récréatif de la marijuana, un Etat laïc, et l'avortement, même en cas de viol.

"C'est peut-être conjoncturel (...) mais cela explique en grande partie la percée d'Alvarado", commente-t-il à l'AFP.

Jusqu'ici, dans ce petit pays vivant de l'écotourisme et constituant un des champions mondiaux des énergies renouvelables, les préoccupations des électeurs tournaient autour de la corruption et la hausse de la criminalité, dans un climat d'essor du trafic de drogue.

Des thèmes sur lesquels l'avocat pénaliste Juan Diego Castro, 62 ans, du petit parti Intégration nationale (PIN, droite), a surfé avec succès grâce à un discours sécuritaire. Mais après avoir caracolé en tête jusqu'à décembre, il a chuté à 8,6% dans les sondages.

mas-ka/lpt