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01/02/2018 09:35 EST

RDC: l'hommage à l'opposant Tshisekedi, une crise dans la crise

La République démocratique du Congo a commémoré jeudi le premier anniversaire de la mort de son opposant historique, Etienne Tshisekedi, dont les futures obsèques et l'héritage politique alimentent l'interminable crise entre l'actuelle opposition et le président Kabila.

Un an après sa mort à Bruxelles le 1er février 2017, faute d'accord politique pour son rapatriement, le corps de M. Tshisekedi attend toujours dans une morgue en Belgique son inhumation dans "la terre de ses ancêtres", selon l'expression consacrée en RDC.

Sa famille d'un côté, puis le Premier ministre de l'autre, ont tour à tour célébré deux messes à Kinshasa à la mémoire de l'opposant.

Le frère du défunt Mgr Gérard Mulumba a célébré la première devant le fils Félix, patron du Rassemblement de l'opposition (Rassop) et des cadres de l'Union démocratique pour le progrès social (UDPS), le parti fondé par M. Tshisekedi.

"J'espère que les autorités finiront par se décider à rapatrier le corps d'Etienne Tshisekedi et à organiser les funérailles qu'il mérite", a déclaré Mgr Mulumba.

Après la messe, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser un attroupement autour de la voiture de Félix Thsisekedi, a indiqué le porte-parole de la police nationale.

Quelques heures plus tard, le Premier ministre, Bruno Tshibala, a assisté à une autre messe.

"Nous allons, c'est une question de quelque temps, tout faire pour que le corps [de Tshisekedi] soit rapatrié et que nous puissions lui réserver des funérailles grandioses, dignes de son statut", a déclaré Bruno Tshibala, qui se présente comme "l'héritier politique" du défunt.

Un accord entre les autorités, la famille et l'UDPS, dont l'AFP avait eu copie en août, était supposé organiser le rapatriement de la dépouille de l'opposant, décédé à l'âge de 84 ans des suites de problèmes pulmonaires.

Cet accord sur le financement des obsèques et l'inhumation dans une concession familiale à la périphérie de Kinshasa n'a jamais été mis en oeuvre.

L'UDPS dénonce "la mauvaise volonté du régime de Kabila qui considère Tshisekedi mort toujours comme opposant", accuse un cadre du parti qui vit en Belgique, Ange Pabolangi.

"Contrairement à ce qui est dit, l'UDPS ne pose pas de conditions politiques à ce rapatriement. Mais le régime a peur des manifestations de rue si le corps revient", ajoute-t-il.

De son côté, le ministère de l'Intérieur renvoie les "familles" politiques et biologiques à leurs propres responsabilités, affirmant que sa porte "reste ouverte".

De son vivant, une foule immense avait accueilli M. Tshisekedi à son retour à Kinshasa fin juillet 2016.

- 'Décrispation politique' -

Juste avant sa mort, M. Tshisekedi avait supervisé l'accord politique de la Saint-Sylvestre 2016 avec la majorité au pouvoir, sous l'égide de la conférence épiscopale.

L'enjeu: trouver une issue à la crise liée au maintien du président Kabila au-delà de la fin de son second mandat le 20 décembre 2016, après la répression sanglante de manifestations en septembre et décembre 2016.

L'accord prévoyait la nomination d'un Premier ministre issu des rangs de l'opposition, des mesures de "décrispation politique" et des élections au plus tard en décembre 2017.

La situation n'a pas cessé de se dégrader depuis la mort de M. Tshisekedi. Son fils et l'UDPS ont contesté la procédure de nomination du nouveau Premier ministre, Bruno Tshibala, qu'ils ont exclu de leurs rangs.

En réponse, M. Tshibala a été désigné lors d'un congrès en décembre président de "son" UDPS. La presse kinoise parle désormais de l'"UDPS-aile Limete" et de l'"UDPS-aile Tshibala". L'UDPS-Limete a annoncé son propre congrès en février.

Les élections en RDC ont finalement été reportées au 23 décembre 2018 par les autorités qui affirment que les violences au Kasaï (centre) ont retardé le recensement des électeurs.

M. Tshisekedi fils et d'autres opposants ont réclamé en vain une "transition sans Kabila". Leurs appels à des mobilisations diverses fin 2017 ont rencontré un écho limité en RDC où les autorités interdisent toute manifestation depuis septembre 2016.

La contestation du régime a repris de la vigueur avec les appels d'un comité laïc proche de l'Eglise catholique à des "marches pacifiques" les 31 décembre et 21 janvier, dont la répression a fait une quinzaine de morts d'après les Nations unies.

Avant la messe, l'"UDPS-Limete" a dénoncé mercredi dans un communiqué "l'enlèvement de ses membres dont certains sont gardés dans les geôles du pouvoir", en donnant six noms.

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