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01/02/2018 08:22 EST

France: le gouvernement annonce un plan inédit de départ dans la fonction publique

Le gouvernement français a lancé jeudi un pavé dans la mare en envisageant un plan de départs volontaires inédit pour les fonctionnaires afin d'accompagner la réforme de l'Etat promise par Emmanuel Macron.

Lors de sa campagne, le président centriste avait déclaré vouloir supprimer 120.000 postes d'ici à la fin du quinquennat pour réduire le déficit public et permettre à la France de tenir ses engagements budgétaires européens.

Le sujet est sensible, alors que les 5,4 millions d'agents du service public représentent environ 20% de l'emploi du pays.

Il s'agit d'"imaginer avec les agents publics un plan de départs volontaires pour ceux qui souhaiteraient partir, en conséquence de la réforme de l'Etat", a déclaré jeudi le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin devant la presse, au terme d'un comité interministériel.

Plusieurs syndicats ont aussitôt dénoncé une "attaque" voire un "dynamitage de la fonction publique".

"Nous avons affaire à un président de la République et à un gouvernement qui sont en train de s'attaquer frontalement à la fonction publique" pour "se conformer aux prévisions d'Emmanuel Macron de supprimer 120.000 emplois dans la fonction publique", a réagi Jean-Marc Canon de la CGT.

"Pour nous c'est une contradiction avec les principes de la fonction publique", s'est également ému auprès de l'AFP Luc Farré de l'UNSA.

Depuis 2008, les fonctionnaires d'État peuvent bénéficier d'une indemnité de départ volontaire s'ils souhaitent démissionner, sous certaines conditions. Mais un plan de départs collectifs serait "inédit", selon les syndicats.

Selon une source gouvernementale, une partie des 700 millions d'euros du fonds pour la transformation de l'action publique, mis en place sur cinq ans par le gouvernement, pourrait financer ce plan de départs volontaires.

- 'Il faut bousculer' -

Pour le gouvernement, il s'agit d'améliorer les comptes publics. Le déficit du budget de l'Etat s'est réduit de 1,3 milliard d'euros en 2017 grâce à la hausse des rentrées fiscales et devrait, sur fond d'accélération de la croissance, repasser sous la barre des 3% de PIB pour la première fois depuis dix ans, conformément aux règles fixées par les traités européens.

Mais "même avec un déficit ramené sous la barre des 3%, la France continue de présenter une situation financière plus dégradée que celle de la quasi-totalité de ses partenaires de la zone euro", a rappelé le président de la cour des comptes Didier Migaud le 22 janvier.

"On ne répare pas un pays, on ne vise pas haut, sans avoir conscience qu'il faut parfois bousculer et modifier ces équilibres", a plaidé jeudi le Premier ministre Edouard Philippe, pour qui il faut "adapter", "assouplir" le statut de la fonction publique.

Le Premier ministre a ainsi annoncé vouloir également étendre "largement" le recours aux contractuels ne bénéficiant pas de l'emploi à vie "notamment pour les métiers ne relevant pas d'une spécificité propre au service public".

Cette annonce aussi à heurté les syndicats qui avaient au contraire réclamé ensemble fin janvier un "nouveau plan de titularisation" des contractuels, au nombre d'environ 940.000 fin 2015, après celui de 2011 arrivé à échéance.

Le gouvernement "propose exactement l'inverse", s'est indigné auprès de l'AFP Jean-Marc Canon.

Les discussions à venir porteront en outre sur deux autres chantiers délicats: la simplification des instances représentatives du personnel et le développement d'une rémunération au "mérite".

Toutes ces annonces interviennent dans un climat déjà tendu entre le gouvernement et les syndicats, qui avaient tous manifesté le 10 octobre, notamment contre le gel du point d'indice et le rétablissement du jour de carence. Ceux-ci doivent se réunir le 6 février pour décider d'une nouvelle journée de mobilisation.

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