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01/02/2018 07:45 EST

Bucarest et Varsovie contre un lien entre fonds européens et Etat de droit

Bucarest et Varsovie, dans le collimateur de Bruxelles pour des réformes controversées de la justice, ont vivement rejeté jeudi l'intention prêtée à l'UE de lier les financements européens au respect de l'Etat de droit.

"Lier les fonds à d'autres éléments constituerait une violation grossière (...) des principes fondamentaux de l'Union européenne", a lancé le chef de la diplomatie roumaine, Teodor Melescanu, soulignant que ces financements "ont comme objectif fondamental la solidarité et la convergence entre les économies des Etats membres".

Lors d'une conférence de presse conjointe à Bucarest, son homologue polonais Jacek Czaputowicz a répété qu'une telle contrepartie ne serait pas "conforme aux traités" européens, les fonds structurels représentant une "base pour le fonctionnement de l'Union européenne".

La semaine dernière, la commissaire européenne à la Justice, la Tchèque Vera Jourova, a annoncé s'être vue confier la mission de "proposer un cadre qui mettrait en avant la nécessité de respecter l'Etat de droit" pour pouvoir bénéficier des financements européens, dans le cadre du prochain budget pluriannuel de l'UE (2021/2027).

Le gouvernement polonais avait été l'un des premiers à rejeter cette éventualité. Ce sujet sensible sera à l'agenda vendredi d'une rencontre à Budapest entre le commissaire européen au Budget, Günther Oettinger, et les dirigeants hongrois, polonais, tchèques et slovaques.

Les deux ministres ont affirmé jeudi que les financements européens n'étaient pas une "activité caritative", M. Melescanu soulignant que la Roumanie et la Pologne versent de leur côtés des "montants non négligeables" au budget de l'UE.

M. Czaputowicz a pour sa part rappelé que la Pologne avait ouvert après son adhésion à l'UE son marché aux sociétés étrangères, qui peuvent "transférer leurs bénéfices" à l'extérieur du pays.

"En compensation, partielle seulement, il y a les fonds structurels", a-t-il conclu.

Des réformes controversées de la justice en Pologne et en Roumanie suscitent la préoccupation de Bruxelles. Fin décembre, la Commission a déclenché contre Varsovie l'article 7 du traité de l'UE, une procédure pouvant aller jusqu'à priver le pays de ses droits de vote au sein de l'Union.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a exprimé la semaine dernière sa "préoccupation" face aux réformes judiciaires récemment votées par la majorité de gauche en Roumanie, mettant "à nouveau en garde contre les retours en arrière".

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