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31/01/2018 10:48 EST | Actualisé 31/01/2018 11:20 EST

Vrai ou faux? On revient sur le discours sur l'État de l'Union de Trump

Démêlons un peu ce qui a été dit...

L'Associated Press a vérifié la véracité des propos du président Donald Trump pendant son discours sur l'État de l'Union, mardi soir.

Voici les résultats:

CHARBON

TRUMP: «Nous avons cessé de faire la guerre au merveilleux charbon.»

LES FAITS: Le charbon n'est pas propre. Le département américain de l'Énergie calcule que 83 pour cent des principaux polluants atmosphériques — le dioxyde de soufre, le dioxyde de carbone, le mercure et des particules de suie — provenant de centrales énergétiques sont attribuables au charbon, même si le charbon ne génère que 43 pour cent de l'énergie des États-Unis. Les centrales énergétiques sont la principale source de ces polluants.

Le charbon produit près de deux fois plus de dioxyde de carbone — un gaz à effet de serre — que le gaz naturel, en fonction de l'énergie générée, selon le département.

En 2011, la combustion du charbon a relâché plus de six millions de tonnes de dioxyde de soufre et d'oxydes d'azote dans l'atmosphère, comparativement à 430 000 tonnes pour toutes les autres sources d'énergie combinées.

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IMMIGRATION

TRUMP: «Nous ouvrons la voie à la citoyenneté à 1,8 million d'immigrants illégaux qui ont été emmenés ici par leurs parents quand ils étaient très jeunes — c'est trois fois plus que l'administration précédente.»

LES FAITS: Faux. L'administration Obama a voulu normaliser le statut de beaucoup plus d'immigrants, mais en a été empêchée par le Congrès. Une loi adoptée par le Sénat en 2013, mais rejetée par la Chambre des représentants, aurait normalisé le statut de huit millions d'immigrants. Une mesure annoncée en 2014 aurait normalisé le statut de quatre millions d'immigrants, mais elle s'est empêtrée devant les tribunaux et n'a jamais été appliquée.

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TERRORISME

TRUMP: «Par le passé, nous avons stupidement relâché des centaines et des centaines de terroristes dangereux que nous avons ensuite affrontés de nouveau sur le champ de bataille, dont le leader de Daech (le groupe armé État islamique) Abou Bakr al-Baghdadi, que nous avions capturé, nous l'avions, que nous avons relâché.»

LES FAITS: M. Trump dit vrai: al-Baghdadi a été détenu aux prisons américaines d'Abou Ghraib et de Camp Bucca, en Irak, avant d'être relâché. Mais M. Trump a fait ce commentaire au moment d'annoncer que le camp de Guantanamo Bay, à Cuba, demeurera ouvert. S'il voulait dire que des «centaines et des centaines» de détenus de Guantanamo ont été libérés et ont repris le combat, ses calculs sont incorrects.

Les renseignements américains ont révélé cet été que des 728 détenus relâchés de Guantanamo, 122 ont certainement et 90 probablement repris le combat.

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MS-13

TRUMP: «Nous avons envoyé des milliers et des milliers de membres horribles de MS-13 hors du pays ou dans nos prisons.»

LES FAITS: C'est une exagération qui dépasse même les propos du procureur général Jeff Sessions, qui est pourtant le membre le plus anti-gangs de l'administration Trump.

M. Sessions a récemment déclaré que les autorités fédérales ont obtenu la condamnation de 500 trafiquants de personnes et de 1200 membres de gangs. Il a ajouté que les États-Unis ont collaboré avec leurs alliés internationaux pour faire arrêter et accuser plus de 4000 membres du MS-13. En d'autres occasions, M. Sessions a précisé que le chiffre de 4000 témoigne d'efforts avec «nos partenaires en Amérique centrale».

Cela permet de conclure que certains des membres du MS-13 auxquels M. Trump fait référence n'étaient pas aux États-Unis quand ils ont été arrêtés et qu'ils ne se trouvent pas dans des prisons américaines.

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OPIOÏDES

TRUMP: Des changements à l'immigration, et notamment une frontière plus sécuritaire, «viendront appuyer notre réponse à la crise terrible des opioïdes et à la toxicomanie».

LES FAITS: Les drogues qui traversent la frontière ne sont responsables que d'une portion de la crise des opioïdes aux États-Unis.

Les Centres de prévention et de contrôle de la maladie indiquent que 40 pour cent des décès causés par des opioïdes en 2016 impliquaient des prescriptions. Ces médicaments sont produits par des compagnies pharmaceutiques. Certains patients qui détiennent des prescriptions en abusent; d'autres sont volées et vendues sur le marché noir.

L'héroïne qui traverse aux États-Unis depuis le Mexique est un problème majeur, mais les drogues qui arrivent d'autres pays ne franchissent pas toutes les frontières terrestres. Des versions synthétiques d'opioïdes puissants comme le fentanyl sont expédiées directement vers les États-Unis de la Chine.

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SÉCURITÉ DES FRONTIÈRES

TRUMP: «Depuis des décennies, des frontières ouvertes permettent aux drogues et aux gangs d'inonder nos communautés les plus vulnérables.»

LES FAITS: «Frontières ouvertes» est une exagération. Les arrestations à la frontière, une mesure utile quoiqu'imparfaite des traversées illégales, sont en chute libre depuis dix ans. Les administrations de George W. Bush et Barack Obama ont pratiquement doublé les rangs de la «Border Patrol», et M. Bush a profité de ses dernières années au pouvoir pour allonger la clôture et protéger environ le tiers de la frontière. L'administration Obama a déporté plus de deux millions d'immigrants pendant ses huit années au pouvoir, plus que toutes les administrations précédentes.

Des études réalisées au cours des dernières années ont constaté que les immigrants sont moins susceptibles de commettre des crimes que les gens nés aux États-Unis.

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VOITURES

TRUMP: «Plusieurs constructeurs automobiles construisent ou agrandissent des usines aux États-Unis — du jamais vu depuis des décennies.»

LES FAITS: Il se trompe au sujet des décennies. L'industrie automobile inaugure et agrandit des usines depuis bien avant sa présidence. Toyota a ouvert une usine au Mississippi en 2011, et l'usine de Hyundai en Alabama date de 2005. En 2010, Tesla a acheté et rénové une vieille usine pour produire ses voitures électriques.

M. Trump a aussi dit que «Chrysler déplace une grande usine du Mexique vers les États-Unis». Pas tout à fait. Chrysler a annoncé le déplacement de la production de camionnettes lourdes du Mexique vers le Michigan, mais l'usine mexicaine ne ferme pas ses portes. Elle commencera à produire d'autres véhicules qui seront écoulés à travers le monde et aucune perte d'emploi n'est prévue.

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DAECH (LE GROUPE ARMÉ ÉTAT ISLAMIQUE)

TRUMP: «L'an dernier j'ai promis que nous allions collaborer pour éradiquer (Daech) de la surface de la planète. Un an plus tard, je suis fier de dire que la coalition pour défaire (Daech) a repris près de 100 pour cent du territoire autrefois contrôlé par ces tueurs en Irak et en Syrie. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire. Nous continuerons le combat jusqu'à la défaite de (Daech).»

LES FAITS: Même s'il est vrai que Daech a perdu près de 100 pour cent du territoire qu'il contrôlait en Irak et en Syrie au moment du début des frappes aériennes américaines dans les deux pays en 2014, la Syrie demeure déchirée par la guerre civile et les progrès évoqués par M. Trump n'ont pas commencé avec sa présidence. La coalition avait repris du terrain et plusieurs grandes villes d'Irak avant son arrivée au pouvoir. L'assaut contre Mossoul, le bastion de Daech dans le nord de l'Irak, a été lancé sous M. Obama.

La campagne contre Daech s'est accélérée depuis un an, surtout en raison de la stratégie dont a hérité M. Trump.

Il a toutefois raison de dire que Daech n'a pas encore été mis hors d'état de nuire. Le groupe demeure capable d'inspirer des attaques contre l'Occident et il essaie de s'enraciner en Afghanistan et en Libye.

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EXPORTATIONS D'ÉNERGIE

TRUMP: «Nous exportons maintenant notre énergie vers le monde.»

LES FAITS: Rien de neuf ici. Les États-Unis exportent de longue date plusieurs types d'énergies, mais ils en importent encore plus. Si M. Trump voulait dire que les États-Unis sont dorénavant un exportateur net d'énergie, il va trop vite: le gouvernement fédéral prévoit que les États-Unis deviendront un exportateur net pendant la prochaine décennies, surtout en raison d'une hausse de la production d'hydrocarbures initiée avant la présidence Trump. La Maison-Blanche a prédit que les États-Unis pourraient devenir un exportateur net dès 2020. Mais ce n'est pas «maintenant».

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RÉFORME FISCALE

TRUMP: «Nous avons offert la plus grande réforme fiscale de l'histoire des États-Unis.»

LES FAITS: Pas plus vrai cette fois-ci que toutes les fois précédentes. La réforme annoncée en décembre est devancée par celle de Ronald Reagan au début des années 1980, par les réductions d'impôts après la Deuxième Guerre mondiale et par plusieurs autres. Une analyse par un organisme privé affirme qu'il s'agit de la huitième réforme fiscale en importance depuis 1918.

Les mesures annoncées en décembre valent environ 1500 milliards $ US sur dix ans — soit nettement moins que les 5500 milliards $ US envisagés à l'origine. Même à ce niveau, la réforme aurait seulement pris le troisième rang depuis 1940, en tant que pourcentage du PIB.