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28/01/2018 09:21 EST | Actualisé 28/01/2018 09:21 EST

La communauté musulmane du Québec veut favoriser les rapprochements

En multipliant notamment des journées portes ouvertes de leurs mosquées.

Image croquée lors d'une vigile d'appui à la communauté musulmane à Montréal, le 30 janvier 2017.
Dario Ayala / Reuters
Image croquée lors d'une vigile d'appui à la communauté musulmane à Montréal, le 30 janvier 2017.

Dans la foulée de l'attentat à la mosquée de Québec qui a fait six morts, les musulmans vivant au Québec ont pris le taureau par les cornes pour empêcher que la violence ne frappe à nouveau: ils ont voulu favoriser le rapprochement entre les communautés en multipliant notamment des journées portes ouvertes de leurs mosquées.

L'une d'entre elles a eu lieu samedi à la Grande Mosquée de Québec, là où s'est produite la fusillade, l'une des activités des commémorations marquant l'année qui s'est écoulée depuis le drame.

Il ne s'agissait pas d'une première: la Grande Mosquée de Québec en organisait depuis quelques années, mais elle a pris une signification toute particulière samedi.

Et le Centre culturel islamique de Québec, auquel est reliée la mosquée, s'implique de d'autres façons dans la communauté, notamment en venant en aide aux sans-abri de la ville. Il accueille aussi depuis de nombreuses années des visites de groupes d'étudiants.

Puis, en février dernier, 14 mosquées de Montréal ont ouvert grandes leurs portes au public. De 2400 à 3000 personnes, selon les organisateurs, sont venues s'informer, rencontrer des gens, poser des questions et assister aux prières.

D'autres mosquées dans d'autres villes ont emboîté le pas: à Gatineau en mars 2017, puis en mai à Shawinigan et à Sherbrooke. La Ville de Châteauguay a tenu en août la première édition du Festival Bon Voisinage.

Selon Rachid Boudjarane, le responsable des relations publiques pour la Fédération des Canadiens musulmans, un organisme communautaire basé à Laval, ce genre d'activités n'a que du bon.

«Tout le monde cherche des pistes pour se rapprocher de la société d'accueil, pour se faire comprendre et échanger, a-t-il commenté en entrevue. Les musulmans, on cherche des solutions. On se demande pourquoi c'est arrivé? Qu'est-ce qu'on a fait de mal?

«Il faut expliquer qu'on est comme tout le monde. On est des êtres humains. Avec des convictions religieuses, oui, mais on est des Québécois et des Canadiens», a-t-il expliqué, espérant que de telles journées continueront d'être organisées en 2018.

En 2017, ceux qui se sont rendus aux journées portes ouvertes se trouvaient dans deux catégories, dit-il: les curieux, qui veulent apprendre et poser des questions, et ceux qui connaissaient déjà la communauté mais qui ont été touchés par l'attentat et ses victimes. Mais l'homme n'est pas naïf: il sait que ceux qui bénéficieraient le plus de ce rapprochement ne se pointeront pas aux journées portes ouvertes. Il juge toutefois qu'il ne s'agit que d'une petite frange de la population.

«C'est à nous (nous étant tous les citoyens du Québec) de s'ouvrir aux autres et de combattre cette haine qui est ancrée un petit peu dans le coeur de certains.»

Mais il aimerait que les politiciens en fassent plus pour rapprocher les différentes communautés qui se côtoient au jour le jour au Québec. Si l'attentat meurtrier a généré de bons mots de la part des politiciens, et qu'ils se sont rapprochés de la communauté musulmane, il trouve que ce n'est «pas assez».

«Il faut faire beaucoup plus de sensibilisation. Dire qu'on est tous des citoyens», a insisté M. Boudjarane, qui vit au Québec depuis 38 ans.

Il croit par contre que beaucoup de politiciens cherchent à faire des gains sur le dos de la communauté musulmane — des gains positifs et d'autres négatifs. Il déplore cette attitude qu'il qualifie d'«électoraliste», comme ce fut le cas, dit-il, avec le débat sur l'identité et la Charte des valeurs.

À titre d'exemple, il rappelle et déplore que certains d'entre eux aient commenté la situation rapportée selon laquelle des femmes avaient été exclues d'un chantier de construction à la demande d'une mosquée voisine, sans d'abord s'assurer que ce soit vrai.

«Ça a jeté une ombre négative sur la communauté.

«On ne veut pas tout le temps qu'on parle de nous», lance-t-il, expliquant qu'il ne veut pas que les gens disent: «mais il n'y a que ces maudits musulmans qui sont là».

À cet égard, les politiciens ont une responsabilité citoyenne, juge-t-il.

«On veut que les politiciens nous considèrent comme des citoyens à part entière. (...) Que ce qui touche un musulman, ça touche un citoyen Québécois.»