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25/01/2018 07:52 EST

Le dégel germano-turc menacé par l'offensive en Syrie

L'Allemagne a durci le ton jeudi contre la Turquie suite à son intervention militaire en Syrie, menaçant de remettre en cause les efforts récents pour réchauffer les relations passablement tendues entre ces deux partenaires de l'Otan.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a fait savoir qu'il avait saisi l'Otan suite à l'intervention turque controversée dans le nord de la Syrie contre une milice kurde soutenue par les Etats-Unis.

Soulignant la grande préoccupation de Berlin, le chef de la diplomatie a annoncé avoir demandé "au secrétaire général de l'Otan de discuter de la situation en Syrie et dans le nord du pays".

Autre signe de mécontentement, l'Allemagne reporte jusqu'à nouvel ordre également une décision sur la modernisation des chars Leopard de l'armée turque, des équipements militaires allemands, demandée par Ankara.

L'inquiétude est vive en l'Allemagne, qui abrite une importante communauté turque et kurde. Les autorités redoutent une importation du conflit après le lancement de l'opération militaire dans le nord de la Syrie.

Des échauffourées entre membres des deux communautés et des actes de vandalisme contre des mosquées turques ont déjà eu lieu.

- 'Intérêts de sécurité' -

M. Gabriel a souligné que "les intérêts de sécurité" de la Turquie dans la zone frontalière syrienne devaient être pris en compte, alors qu'Ankara redoute la formation d'un début d'Etat kurde à sa frontière.

Mais pour parvenir à une solution, la "confrontation militaire" doit prendre fin, a-t-il dit, soulignant "l'avoir déjà dit à plusieurs reprises au gouvernement turc".

La Turquie mène depuis samedi, avec l'aide d'un groupe rebelle syrien, une offensive contre la région frontalière d'Afrine pour en déloger les Unités de protection du peuple (YPG), principale milice kurde de Syrie, considérée comme "terroriste" par Ankara mais alliée de Washington dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Et le gouvernement allemand essuie depuis plusieurs jours une pluie de critiques après le déploiement présumé par Ankara de ses blindés Leopard contre les Kurdes.

"Pour le gouvernement allemand, il est clair que nous ne pouvons pas livrer (des armes) dans les zones de tension et que nous ne le ferons pas non plus", a tranché Sigmar Gabriel.

Une décision qui ne devrait pas plaire à la Turquie. Elle attend de Berlin un feu vert en vue d'un contrat avec un fournisseur d'armement allemand, Rheinmetall, visant à améliorer la protection des chars Leopard.

Berlin a livré 354 exemplaires de ces blindés entre 2006 et 2011 à Ankara. Le contrat, signé en 2005 n'interdit pas formellement un emploi contraire au droit international.

- Relations acrimonieuses -

Ces dernières semaines, le chef de la diplomatie allemande avait pourtant déployé moult efforts pour se rapprocher d'Ankara après un an et demi de relations acrimonieuses depuis le coup d'Etat manqué de juillet 2016 en Turquie.

Début janvier, il a reçu à son domicile son homologue turc. Les deux hommes avaient à cette occasion multiplié les signes de rapprochement et fait part de leur volonté de détendre des relations mises à mal.

Les deux responsables se "sont donnés pour tâche de tout faire pour surmonter les difficultés dans les relations germano-turques", avait alors affirmé M. Gabriel.

Les pommes de discordes sont particulièrement nombreuses entre la Turquie et l'Allemagne: Berlin s'est notamment ému de l'arrestation de plusieurs de ses ressortissants en Turquie, certains ayant la double nationalité.

Ankara, de son côté, accuse l'Allemagne d'indulgence envers les séparatistes kurdes et des putschistes présumés, et le président Recep Tayyip Erdogan est allé jusqu'à accuser la chancelière de "pratiques nazies".

Partenaire important de Berlin notamment dans la crise des réfugiés, la Turquie gère aussi de nombreuses mosquées en Allemagne. Deux d'entre elles ont été victimes d'actes de vandalisme depuis le déclenchement de l'opération militaire contre la milice kurde en Syrie.

Des organisations représentant turcs et kurdes en Allemagne se sont aussi mises en cause mutuellement et dénoncé l'importation du conflit turco-kurde dans le pays.

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