NOUVELLES
25/01/2018 01:07 EST

Birmanie: la commission sur les Rohingyas fragilisée par une démission

La démission d'un diplomate américain jeudi fragilise l'avenir d'une commission installée par Aung San Suu Kyi pour résoudre la crise des Rohingyas, son gouvernement dénonçant pour sa part des "attaques personnelles" contre la dirigeante birmane.

Bill Richardson, ancien membre de l'administration Clinton, était l'un des personnages essentiels de ce groupe mis en place en décembre et chargé de proposer des solutions au conflit qui secoue l'Etat Rakhine, dans l'ouest de la Birmanie.

Près de 690.000 musulmans rohingyas vivant dans cette zone se sont réfugiés au Bangladesh voisin depuis fin août pour fuir une opération de l'armée birmane, qualifiée de campagne d'"épuration ethnique" par les Nations unies.

Evoquant des "attaques personnelles" contre Mme Suu Kyi, le porte-parole de cette dernière regrette que Bill Richardson n'ait pas essayé "de comprendre la Birmanie plutôt que de la blâmer".

Le diplomate avait expliqué craindre que le comité ne devienne "une troupe de pom-pom girls" au service de la politique du gouvernement car il refuse de "proposer les changements de politique authentiques dont on a désespérément besoin pour assurer la paix, la stabilité et le développement dans l'Etat Rakhine".

Il avait par ailleurs critiqué la lauréate du prix Nobel de la paix pour son "absence de leadership moral" dans cette crise humanitaire majeure et décrit sa "réponse furieuse" à ses appels pour libérer deux journalistes de Reuters arrêtés pour leur enquête sur l'armée dans la région.

Pour l'analyste indépendant Khin Zaw Win, c'est "toute la crédibilité de la commission qui vient d'être attaquée et il sera difficile pour eux de poursuivre maintenant".

Bill Richardson avait rejoint le comité en tant que simple citoyen, a indiqué Washington quelques heures après sa démission, précisant que les Etats-Unis partageaient toutefois beaucoup de ses préoccupations.

Aung San Suu Kyi est actuellement en voyage officiel en Inde avec d'autres dirigeants asiatiques et n'a pas personnellement répondu à la démission de Bill Richardson, qui rappelle avoir été un ami de l'ex-icône de la démocratie.

En Etat Rakhine, alors que les opérations de rapatriement des premiers réfugiés devraient commencer dans les semaines qui viennent, la situation est toujours très tendue.

"Mercredi, dans le village de Ah Lel Chaung In dans le district de Buthidaung, deux-trois maisons de Rohingyas ont été incendiées", a expliqué Chris Lewa, de l'Arakan project, une organisation de défense des droits des Rohingyas.

Des attaques qui ont provoqué le départ vers le Bangladesh de 300 nouvelles familles de ce village, a-t-elle ajouté.

Plus grande population apatride du monde depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, sous le régime militaire, les Rohingyas sont victimes de nombreuses discriminations.

Ils n'ont pas de papiers d'identité et ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Ils n'ont accès ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et les hôpitaux.

bur-rs-tib/jlb