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24/01/2018 12:42 EST

Washington appelle Ankara à la modération au 5e jour de son offensive en Syrie

Le président américain Donald Trump a appelé mercredi son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à la modération et l'a enjoint de réduire ses opérations militaires en Syrie, où Ankara a lancé depuis cinq jours une vaste offensive contre une milice kurde alliée des Etats-Unis.

Washington, dont les relations avec Ankara sont fraîches depuis plus d'un an, craint notamment que l'opération visant des forces qu'elle soutient en Syrie ne nuise à la lutte contre le groupe Etat islamique. D'autant que les combattants kurdes que M. Erdogan s'est dit déterminé à éliminer ont été les fers de lance, l'an dernier, de la reprise de Raqa, ex-bastion des jihadistes.

Lors d'un entretien téléphonique, le milliardaire républicain "a exhorté la Turquie à réduire et limiter ses actions militaires" et demandé au président turc d'éviter "toute action qui risquerait de provoquer un affrontement entre les forces turques et américaines".

Donald Trump a aussi insisté, selon un compte-rendu de la Maison Blanche, sur le fait que "les deux pays doivent concentrer (leurs) efforts (...) sur la défaite de l'EI".

Si le dirigeant américain a reconnu que la Turquie pouvait avoir "des inquiétudes légitimes" en terme de sécurité, il a toutefois exprimé ses "inquiétudes à propos de la rhétorique fausse et destructrice venant de la Turquie", notamment "concernant les citoyens des Etats-Unis".

Les propos du président Trump ont été appuyés mercredi par l'envoyé spécial américain auprès de la coalition internationale antijihadiste, Brett McGurk. "Nous sommes prêts à travailler avec la Turquie sur des inquiétudes légitimes concernant la sécurité, mais une opération prolongée risque de redonner vie à l'EI alors qu'il se trouve sur le chemin de la défaite", a-t-il écrit sur Twitter après un séjour en Syrie.

De son côté, Recep Tayyip Erdogan a appelé Washington à mettre un terme au soutien armé des YPG, la milice kurde qu'Ankara cible en Syrie, tout en insistant sur le fait que la Turquie agit dans le cadre du droit international, au nom de sa sécurité et du droit à l'autodéfense, selon des propos rapportés par l'agence étatique Anadolu.

- Roquettes sur la Turquie -

Sur le terrain, deux roquettes tirées de Syrie ont fait deux morts mercredi dans le sud de la Turquie, où elles ont touché une mosquée et une maison. Elles ont été lancées sur la ville frontalière de Kilis, a constaté une correspondante de l'AFP sur place.

Deux personnes, une Syrienne et une Turque, ont perdu la vie et 11 autres ont été blessées, selon un communiqué du gouvernorat de Kilis, qui impute ces tirs aux combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), considérées comme "terroristes" par Ankara.

Peu après, des tirs de représailles de l'artillerie turque en direction de la Syrie pouvaient être entendus de Kilis.

"L'armée turque et l'Armée syrienne libre reprennent le contrôle d'Afrine pas à pas (...). Cette opération va se poursuivre jusqu'à l'élimination du dernier membre de cette organisation terroriste", a tonné M. Erdogan dans un discours à Ankara quelques heures avant l'attaque à la roquette.

De nouvelles frappes turques mercredi se sont concentrées sur les zones frontalières, dans le nord-ouest et le nord-est de la région d'Afrine, "dans l'objectif de faire reculer les YPG et d'ouvrir la voie à une avancée terrestre", selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.

Il a néanmoins affirmé que les forces turques et leurs alliés avaient peu progressé.

Depuis samedi, plus de 90 combattants des YPG et des groupes rebelles syriens pro-turcs ont été tués, ainsi que 30 civils, la plupart dans des bombardements turcs, a annoncé l'OSDH. Ankara dément avoir touché des civils.

Trois soldats turcs ont également été tués, selon la Turquie, qui affirme pour sa part avoir éliminé "au moins 287 terroristes".

Le gouvernement allemand a de son côté fait savoir qu'il comptait demander au ministre turc de la Défense des explications, au moment où le débat enfle en Allemagne après la diffusion d'images de chars allemands "Leopard 2" déployés contre les YPG.

La Turquie a déclenché son opération après l'annonce par la coalition de la création d'une force frontalière de 30.000 hommes dans le nord de la Syrie, avec en particulier des combattants des YPG.

Cette annonce a suscité l'ire d'Ankara qui accuse les YPG d'être la branche en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), engagé dans une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984.

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