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24/01/2018 10:09 EST

Querelle sur son nom : la Macédoine accepte de débaptiser l'aéroport "Alexandre le Grand"

Le Premier ministre macédonien, Zoran Zaev, a annoncé mercredi avoir accepté de débaptiser l'aéroport international de Skopje "Alexandre le Grand" comme le réclame la Grèce, à l'issue d'entretiens à Davos (Suisse) avec son homologue grec Alexis Tsipras.

"Notre gouvernement va changer les noms de l'aéroport et de l'autoroute, qui s'appellera (autoroute de l') +amitié", afin "de montrer en pratique que nous sommes fortement engagés à trouver une solution" à la querelle avec la Grèce sur le nom de la Macédoine, a affirmé M. Zaev à l'issue de plus de trois heures d'entretiens avec M. Tsipras.

Cela "montre notre bonne volonté, prouve que nous n'avons pas d'aspirations territoriales envers notre voisin", a-t-il ajouté.

La Grèce protestait depuis des années contre le nom de l'aéroport international de Skopje, y voyant une usurpation de son patrimoine historique, et l'indice de visées irrédentistes macédoniennes sur la province grecque de Macédoine, centre du royaume macédonien d'Alexandre le Grand, qui régnait au IVe siècle avant Jésus-Christ.

Selon une source diplomatique macédonienne, ce changement du nom controversé pourrait constituer un "atout majeur" pour concourir à un règlement par les deux capitales de la dispute qui les oppose depuis 1991.

La Grèce a obtenu que le petit Etat voisin, surgeon de l'ex-Yougoslavie, ne soit admis à l'ONU en 1993 que sous le nom provisoire d'Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), et bloque dans l'attente d'un règlement le rapprochement de son voisin avec l'UE et l'OTAN.

Quelques minutes avant l'annonce de M. Zaev, M. Tsipras, à ses côtés, avait fait état de la volonté de son interlocuteur à "prendre des initiatives importantes" permettant de dissiper les soupçons d'irrédentisme nourris par la Grèce envers sa voisine du nord.

La date du changement de nom n'est pas encore connue, non plus que le futur nom de l'aéroport, a indiqué à l'AFP le porte-parole du gouvernement macédonien Mile Bosnjakovski.

Le gouvernement grec avait exprimé l'espoir lundi que la rencontre Tsipras-Zaev à Davos "marque un réel progrès" dans les négociations que les deux capitales viennent de relancer pour solder cette querelle.

M. Tsipras a assuré que la Grèce allait prendre des mesures pour restaurer la confiance entre les deux pays, en particulier l'ouverture d'un deuxième poste frontalier, un projet gelé depuis des années.

Il a indiqué être convenu avec son homologue "d'intensifier les négociations" sur le nom, officiellement menées dans le cadre de l'ONU.

Le médiateur des Nations unies, Matthew Nimetz, est selon les médias grecs attendu mardi à Athènes, avant de se rendre le lendemain à Skopje. Les émissaires des deux pays l'ont rencontré la semaine dernière à New York.

Les solutions évoquées tant par M. Nimetz que par Athènes, qui y voit un "compromis mutuellement acceptable", sont de type "Macédoine du nord" ou "Nouvelle Macédoine". Mais comme l'a réitéré M. Tsipras, la Grèce veut que ce "nom composé" soit utilisé tant à l'intérieur de l'Etat voisin que pour ses relations internationales.

Le coup d'accélérateur donné par MM. Tsipras et Zaev aux efforts des deux pays pour résoudre leur différend intervient après une manifestation dimanche à Thessalonique (nord de la Grèce, capitale de la province grecque de Macédoine) de plus de 90.000 Grecs (90.000 selon la police, jusqu'à 400.000 selon les organisateurs) opposés à tout partage du nom de Macédoine avec le pays voisin.

Le gouvernement grec de gauche a estimé cette semaine que ce rassemblement avait exprimé un "fanatisme ultranationaliste" non partagé selon lui par la majorité des Grecs.

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