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24/01/2018 05:14 EST

Présidentielle tchèque: avis de turbulences à l'approche du second tour

La prospère République tchèque est confrontée vendredi et samedi à un scrutin présidentiel serré, un second tour qui voit s'affronter le président pro-russe sortant Milos Zeman et son rival pro-européen Jiri Drahos.

L'issue de ce scrutin tendu, où la question de l'accueil des migrants a été au centre de la campagne, sera scrutée avec d'autant plus d'attention qu'elle pourrait avoir une incidence sur le maintien au poste de Premier ministre du milliardaire populiste Andrej Babis.

Entre Milos Zeman, 73 ans, vétéran politique pro-russe et anti-immigration, et le scientifique Jiri Drahos, 68 ans, centriste pro-européen sans expérience politique, les Tchèques doivent choisir entre "deux candidats complètement différents, qui représentent deux parties d'une société assez divisée, et cela justement par la personnalité de l'actuel président", résume l'analyste Tomas Lebeda, interrogé par l'AFP.

L'issue du scrutin sera cruciale aussi pour le gouvernement minoritaire du milliardaire populiste Andrej Babis, nommé Premier ministre en décembre, mais à qui la chambre basse du Parlement a refusé la semaine dernière d'accorder sa confiance.

Il doit en conséquence présenter formellement mercredi sa démission, puis assurer l'intérim jusqu'à la nomination d'un nouveau cabinet.

- Nouvelle chance pour Babis ? -

M. Zeman, très favorable à M. Babis, dont le mouvement populiste ANO dispose de 78 sièges sur 200 sièges à la Chambre basse, lui a déjà promis qu'il le chargerait à nouveau de former un gouvernement, avant l'expiration de son mandat présidentiel le 8 mars. Et ce, bien que le milliardaire soit inculpé par la justice pour fraude aux fonds européens.

A l'inverse, M. Drahos a clairement fait savoir qu'il ne désignerait pas un Premier ministre poursuivi en justice.

M. Zeman est arrivé en première position au premier tour, les 12 et 13 janvier, avec 38,56% des suffrages, devant M. Drahos avec 26,60%.

Dans un pays très réticent à l'accueil des migrants, le président sortant s'attaque avec véhémence à son adversaire, l'accusant surtout de vouloir ouvrir les bras à ces derniers.

"Halte aux immigrants et à Drahos. Ce pays est à nous! Votez Zeman!", peut-on lire sur des affiches géantes omniprésentes à travers le pays.

M. Drahos rétorque que, comme son adversaire, et comme le Premier ministre, il est opposé à la volonté de l'Union européenne d'imposer aux Etats membres des quotas de répartition des migrants.

En juin 2017, il avait pourtant estimé qu'"accueillir quelque 2.600 réfugiés ou migrants, une fois contrôlés du point de vue de la sécurité, ne devrait poser aucun problème".

- Sondages hésitants -

A moins d'une semaine du second tour, les sondages étaient hésitants, malgré un soutien apporté à M. Drahos par plusieurs candidats pro-européens éliminés au premier tour, tels l'ex-diplomate Pavel Fischer (10,23% des suffrages), l'homme d'affaires Michal Horacek (9,18%) et le médecin militant Marek Hilser (8,83%).

En revanche, le mouvement ANO de M. Babis a apporté son soutien lundi, sans surprise, au président sortant.

Un sondage Kantar/TNS/Median, publié dimanche, donne les deux candidats dans un mouchoir de poche: 45,5% pour M. Zeman, 45,0% pour M. Drahos. Quelque 10% des sondés disent cependant que leur choix n'est pas définitif.

Selon une autre enquête STEM/MARK publiée lundi, M. Drahos recueille 47% des intentions de vote, contre 43% au président sortant. Ce dernier semble surtout mobiliser un grand nombre d'électeurs contre lui: parmi ceux qui veulent voter Drahos, 42% disent vouloir surtout éviter une réélection du président. En face, l'électorat négatif hostile au candidat pro-européen est moins important (17%).

Les bureaux de vote seront ouverts vendredi de 13H00 à 21h00 GMT, puis samedi de 07H00 à 13H00 GMT. Le résultat sera connu samedi après-midi.

jma/via/ab/ple/sg