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24/01/2018 09:48 EST

Migrant algérien mort en prison: Madrid le décrit en meneur d'une mutinerie

Le ministre espagnol de l'Intérieur a reconnu, jeudi, qu'"une mutinerie" s'était produite le 28 décembre dans la prison utilisée temporairement comme centre de rétention pour 577 Algériens, la veille du jour où l'un d'eux avait été découvert "pendu".

Des médias algériens avaient les premiers envisagé ce scénario d'une mutinerie réprimée par la police, sur la foi de vidéos.

Devant la commission des Affaires intérieures du congrès des députés, le ministre Juan Ignacio Zoido a plaidé que l'administration n'avait aucune responsabilité dans la mort de Mohamed Bouderbala, 36 ans, découvert "pendu avec un drap dans une cellule" de la prison d'Archidona, dans le sud de l'Espagne.

"Il ne faut pas chercher de coupables là où il n'y en a pas", a-t-il assuré.

Il a cependant présenté le jeune homme comme un des 12 "auteurs" d'une "mutinerie" réprimée par la police dans la prison la veille de sa mort.

Il a aussi assuré qu'il s'était "automutilé" avant d'être laissé seul dans sa cellule, du milieu d'après-midi jusqu'au matin du jour suivant, donc sans recevoir de visite pour le dîner.

"Plusieurs s'étaient jetés au sol et automutilés avec les couverts en plastique, tandis que le reste des internés commençaient à prendre à partie les policiers en se montrant agressifs", a assuré le ministre.

La mutinerie - durant laquelle de nombreux équipements avaient été cassés - s'était arrêtée après l'intervention de la police, a-t-il assuré.

Le suicide de M. Bouderbala avait été confirmé après autopsie et la justice avait fait valoir que personne n'était entré dans la cellule selon les images des caméras de surveillance.

Le ministre a par ailleurs reconnu que 11 des 577 migrants placés dans cet établissement ont finalement été "identifiés comme mineurs après des tests" osseux.

L'usage de cette prison toute neuve comme centre de rétention pour étrangers avait déclenché une très vive polémique en Espagne, et Madrid l'avait finalement fait évacuer le 10 janvier.

Selon l'Intérieur, 89 des 577 Algériens ont été laissés en liberté en Espagne et les autres renvoyés en Algérie.

Le ministère répète qu'il avait ainsi répondu à une "situation très exceptionnelle", quand 962 migrants étaient arrivés par la mer à bord d'embarcations de fortune entre le 16 et le 20 novembre.

L'Espagne a vu le nombre d'arrivées de migrants sur ses côtes tripler l'an dernier, 22.900 selon Frontex, par rapport à 2016. L'Espagne reste la troisième porte d'entrée des migrants en Europe, derrière l'Italie et la Grèce.

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