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24/01/2018 11:51 EST

Lula, le poids lourd de la gauche au bord du KO

Ancien métallo devenu président du Brésil, Lula nourrit à 72 ans l'ambition de revenir au pouvoir, mais son avenir politique est sérieusement compromis après la confirmation en appel mercredi de sa condamnation à de la prison pour corruption.

Les trois juges de la Cour d'appel de Porto Alegre (sud) ont reconnu Luiz Inacio Lula da Silva coupable de corruption et blanchiment à l'unanimité et ont même alourdi sa peine à 12 ans et un mois, contre neuf ans et six mois en première instance.

De nombreux recours sont encore possibles, mais cette décision cruciale pourrait l'empêcher présenter à la présidentielle d'octobre, huit ans après avoir quitté le pouvoir, et même l'envoyer derrière les barreaux.

Même s'il a été rattrapé par les méandres du plus grand scandale de corruption de l'histoire du Brésil, cet homme charismatique à la voix rauque et à l'éternelle barbe dispose encore d'un réservoir de voix considérable, notamment dans les région pauvres du nord-est, dont il est originaire.

Largement en tête des intentions de vote pour l'élection d'octobre, il se montre combatif, avec la même énergie que lorsqu'il était dirigeant syndical, haranguant, le poing levé, ses partisans dans des meetings aux quatre coins du Brésil.

Celui qui a longtemps incarné l'image d'un pays conquérant et ouvert sur le monde se dit victime d'un "pacte diabolique" visant à l'empêcher de revenir au sommet.

En juillet, son ennemi intime, le juge anticorruption Sergio Moro, l'a condamné en première instance pour avoir obtenu un appartement luxueux en bord de mer d'une entreprise de bâtiment en échange de contrats publics.

"Quand j'étais petit, j'ai connu la faim et je n'osais même pas voler une pomme. Comment j'aurais pu voler un appartement ?", a-t-il affirmé la semaine dernière à Rio de Janeiro.

- Success-story -

Rien ne prédisposait à un tel destin ce cadet d'une fratrie de huit enfants, né le 6 octobre 1945 dans une famille d'agriculteurs pauvres du Pernambouc (nord-est).

Enfant, Lula a arpenté les rues pour cirer des chaussures dans l'espoir de ramener un peu d'argent à la maison. Il a sept ans lorsque sa famille émigre à Sao Paulo pour échapper à la misère.

Vendeur ambulant puis ouvrier métallurgiste à 14 ans, il perd l'auriculaire gauche dans un accident du travail. A 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes et en devient le président en 1975.

Il conduit les grandes grèves de la fin des années 1970, en pleine dictature militaire (1964-1985).

Fondateur du Parti des Travailleurs (PT) au début des années 80, Lula se présente pour la première fois à l'élection présidentielle en 1989 et échoue de peu. Après deux nouveaux échecs, en 1994 et 1998, la quatrième tentative sera la bonne, en octobre 2002. Il est réélu en 2006.

Premier chef de l'Etat brésilien issu de la classe ouvrière, il a mis en oeuvre d'ambitieux programmes sociaux, en bénéficiant des années de croissance portées par le boom des matières premières.

Sous ses deux mandats (2003-2010), près de 30 millions de Brésiliens sont sortis de la misère.

Sa success-story a conféré au Brésil une stature internationale de premier plan, lui permettant de décrocher l'organisation des deux plus grands événements sportifs planétaires: le Mondial de football en 2014, et les jeux Olympiques, en 2016 à Rio de Janeiro.

- Échecs douloureux -

Idéaliste mais pragmatique, il est passé maître dans l'art de tisser des alliances parfois contre-nature ou de se débarrasser d'amis devenus gênants.

En 2005, il a décapité toute la direction PT, impliquée dans un scandale d'achat de votes.

Cela ne l'a pas empêché de terminer son second mandat avec un taux de popularité de 87%. Mais, paradoxe, Lula est aussi franchement détesté par une partie des Brésiliens.

En octobre 2011, il a souffert d'un cancer du larynx après son départ du pouvoir.

Sa tentative de retour aux affaires en tant que ministre de sa dauphine, Dilma Rousseff, en mars 2016 avait été un échec qu'il avait mal vécu, tout comme la destitution de celle-ci pour maquillage des comptes publics en août de la même année.

En février 2017, Lula a dû affronter une épreuve intime avec la mort de son épouse, Marisa Leticia Rocco, son premier soutien durant 40 ans de lutte.

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