NOUVELLES
24/01/2018 06:23 EST

Le destin de Lula et du Brésil entre les mains d'une cour d'appel

Un Brésil polarisé retenait son souffle mercredi en attendant la décision cruciale d'un tribunal de Porto Alegre (sud), où se déroule le procès en appel de l'ex-président Lula, qui a une nouvelle fois affiché sa "tranquillité".

Condamné à près de dix ans de prison en première instance pour corruption et blanchiment, Luiz Inacio Lula da Silva, 72 ans, pourrait se voir empêcher de se présenter à la présidentielle d'octobre, pour laquelle il est le grand favori.

"Je suis extrêmement tranquille, avec la conscience que je n'ai commis aucun crime", a déclaré l'icône de la gauche quelques heures après le début du procès, dans un discours au siège du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, près de Sao Paulo (sud-est), qu'il a autrefois dirigé.

"La seule chose dont je suis sûr, c'est que je ne vais m'arrêter de me battre que le jour de ma mort", a ajouté l'ancien ouvrier, qui doit participer à une manifestation à Sao Paulo à 17H00 (19H00 GMT).

Lula est accusé d'avoir reçu un triplex en bord de mer du groupe de bâtiment OAS en échange de l'attribution de marchés publics de Petrobras pendant sa présidence (2003-2010).

"Ce triplex n'appartient pas à Lula. Tout le monde sait qu'il a toujours appartenu à OAS. Il est clair que Lula n'en a jamais reçu les clés et n'y a jamais passé une nuit", a argumenté l'avocat de la défense, Cristiano Zanin Martins, au début du jugement, qui devrait se prolonger au moins jusqu'au milieu de l'après-midi, avec le vote du dernier des trois juges.

- Myriade de recours -

Des milliers de sympathisants de Lula mais aussi de ses ennemis les plus farouches, ont convergé depuis la fin de la semaine dernière à Porto Alegre, dans une ambiance tendue qui laisse redouter des affrontements à l'annonce de la décision des juges.

Mais les rues du quartier du tribunal étaient totalement désertes, à l'exception de policiers antiémeutes postés à chaque accès, avec de grands boucliers.

Une énorme effigie gonflable de Lula en tenue de prisonnier est apparue sur une embarcation navigant sur le lac près du tribunal.

En confirmant - option la plus probable - ou en infirmant la condamnation à neuf ans et demi de prison pour corruption passive et blanchiment de Lula, la cour d'appel va de fait battre les cartes de la présidentielle d'octobre au Brésil.

Une myriade de recours étant possibles, la capacité de Lula de se présenter ou non pourrait ne pas être établie avant de longs mois alors même que cette élection est déjà la plus incertaine au Brésil depuis le retour à la démocratie en 1985.

"Nous n'envisageons pas la possibilité que Lula aille en prison", a affirmé à l'AFP Gleisi Hoffmann, la présidente du Parti des travailleurs (PT), fondé par l'ex-chef de l'Etat.

Si la condamnation de Lula est confirmée, elle appelle ses soutiens à "aller dans les rues, parce que la démocratie est en péril".

- Condamnation choc -

Les chances de Lula d'obtenir une décision favorable semblent particulièrement minces : la cour de l'appel qui le juge n'a relaxé que moins de 5% des 113 personnes condamnées pour corruption par le juge Sergio Moro dans le cadre de l'enquête autour du scandale Petrobras.

C'est ce juge, ennemi intime de Lula, qui avait prononcé en juillet 2017 la condamnation choc de la figure la plus proéminente de la politique brésilienne, puis saisi ses biens.

L'ancien ouvrier avait dénoncé un "pacte diabolique" pour l'empêcher de se représenter.

Lula jouit toujours d'un fort soutien parmi les plus défavorisés qui ont bénéficié de sa politique de redistribution pendant ses deux mandats.

Il a même reçu mercredi l'appui de l'ex-footballeur argentin Diego Maradona, qui a diffusé sur les réseaux sociaux une photo de lui tenant un maillot du Brésil floqué au nom de Lula, avec le message "mon cher Lula, Diego est avec toi" en portugais.

Mais Lula est aussi détesté par une partie des Brésiliens qui souhaitent sa déroute. Tout comme les marchés : la Bourse de Sao Paulo était en hausse de plus de 2% à la mi-journée.

Du Forum Economique Mondial de Davos, le président conservateur Michel Temer a tenu à tranquilliser les investisseurs inquiets de l'instabilité politique au Brésil.

"Il y a un combat contre la corruption dans notre pays (...), mais cela montre que nos institutions fonctionnent, avec une séparation totale entre les pouvoirs", a assuré le chef de l'Etat, lui aussi cible de graves accusations de corruption.

mel-lg/pt/bds

PETROBRAS - PETROLEO BRASILEIRO