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24/01/2018 10:50 EST

La deuxième ville de Libye meurtrie par de nouveaux attentats

La ville de Benghazi, la deuxième de Libye, a été meurtrie par deux nouveaux attentats qui ont fait près de 40 morts, illustrant une instabilité persistante dans cette région contrôlée par les forces du maréchal controversé Khalifa Haftar.

Le double attentat à la voiture piégée, qui n'a pas été revendiqué, s'est produit mardi soir dans le centre de cette ville de l'est du pays miné par l'insécurité et les rivalités politiques depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi après une révolte populaire.

Selon l'analyste libyen Mohamed Eljarh, la méthode utilisée dans les attaques, parmi les plus meurtrières ces dernières années en Libye, vise clairement à faire le plus grand nombre de morts possible.

Mardi soir, au moment où les fidèles sortaient d'une mosquée dans le quartier Al-Sleimani, un véhicule piégé a explosé. Trente minutes plus tard, une seconde voiture explosait alors que forces de sécurité et civils s'étaient rassemblés pour venir en aide aux victimes de la première attaque, selon une source de sécurité.

Selon un dernier bilan compilé mercredi par les services de sécurité à partir d'informations des hôpitaux de Benghazi, 37 personnes, dont un Egyptien et un Soudanais, ont péri et près de 90 ont été blessées dans le double attentat.

Le gouvernement d'union nationale (GNA), basé dans la capitale Tripoli et soutenu par la communauté internationale, a condamné le double attentat de Benghazi.

La mission de l'ONU en Libye (Manul) a pour sa part dénoncé un acte "épouvantable", soulignant que les attaques contre les civils "constituent des crimes de guerre".

- 'Cellules dormantes' -

Ahmad al-Fitouri, un responsable des services de sécurité dépendant des forces du maréchal Haftar, l'homme fort de l'est libyen, a été tué dans l'attentat, selon le porte-parole militaire Miloud al-Zwei.

La mosquée près de laquelle le double attentat s'est produit est connue pour être un fief de groupes salafistes qui ont combattu les jihadistes à Benghazi aux côtés du maréchal Haftar.

Ce dernier soutient un gouvernement parallèle au GNA qui a décrété trois jours de deuil dans l'est libyen. Il a ordonné mercredi l'ouverture d'une enquête pour traquer les auteurs de ces attentats "terroristes", a rapporté l'agence libyenne loyale aux autorités de l'Est.

Ces attentats ont lieu alors que le maréchal Haftar avait annoncé à l'été 2017 avoir débarrassé Benghazi, un millier de km à l'est de Tripoli, des groupes jihadistes après plus de trois ans de combats meurtriers.

Mais ses forces accusent des "cellules jihadistes dormantes" qui visent régulièrement les commandants et membres de l'Armée nationale libyenne (ANL) auto-proclamée par le maréchal Haftar.

Selon des témoins, un officier de l'ANL recherché par la Cour pénale internationale (CPI), Mahmoud Al-Werfalli, a exécuté mercredi sur les lieux de l'attentat des prisonniers jihadistes présumés en guise de vengeance.

Cet officier est accusé par le CPI pour des faits semblables commis en 2016 et 2017, au cours desquels il aurait lui-même tiré sur des prisonniers ou des combattants blessés ou ordonné leur exécution.

- 'Crime ignoble' -

Le GNA a condamné l'attentat, dénonçant "un crime ignoble" et un "acte terroriste et lâche".

Le chef de la Manul, Ghassan Salamé, a condamné l'attentat lors d'une rencontre mercredi dans l'est libyen avec le maréchal Haftar. Les deux hommes ont discuté du processus politique et souligné l'importance de la tenue d'élections en 2018, a indiqué la Manul sur son compte Twitter.

L'Union européenne a pour sa part prévenu que de tels attentats "menacent encore davantage, dans un climat déjà fragile, le travail en cours pour rétablir la sécurité, la stabilité et l'Etat de droit en Libye".

L'ONU a défini un plan d'action qui prévoit notamment des élections en 2018, pour sortir ce riche pays pétrolier de la crise.

Les deux principaux rivaux, le chef du GNA, Fayez al-Sarraj, et le maréchal Haftar, se sont engagés sur un processus de sortie de crise le 25 juillet 2017 en France sous les auspices du président Emmanuel Macron, prévoyant notamment des élections en 2018.

Mais leur rapprochement reste depuis laborieux et compromis par les incertitudes sur les intentions du maréchal Haftar, accusé par ses détracteurs de vouloir prendre le pouvoir et instaurer une dictature militaire.

La ville de Benghazi a été particulièrement touchée par des violences visant notamment les représentations diplomatiques et les forces de sécurité. Une attaque contre le consulat américain, le 11 septembre 2012, avait coûté la vie à l'ambassadeur Christopher Stevens ainsi que trois autres Américains.

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