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17/01/2018 18:38 EST

Venezuela: le gouvernement accusé d'avoir "exécuté" un ex-policier rebelle

Dénonçant des "exécutions extra-judiciaires", des proches de l'ex-policier rebelle vénézuélien Oscar Pérez et de six autres personnes, tous tués dans une opération armée, ont réclamé en vain de voir les corps mercredi, devant la morgue de Caracas blindée par des dizaines de militaires.

"J'exige qu'ils me permettent, avec toute la douleur que je ressens, de pouvoir reconnaître mon fils, s'il est vraiment à la morgue", a imploré Aminata Pérez, la mère de cet ancien chef des opérations aériennes de la brigade d'actions spéciales de la police scientifique, dans une vidéo postée sur Twitter par l'épouse du pilote d'hélicoptère, Dana Vivas.

La veille, Dana Vivas, qui vit au Mexique avec ses trois enfants et la mère d'Oscar Pérez, avait fait la même demande sur Twitter en soulignant que la famille n'autorisait pas la crémation.

"Je suis venu pour reconnaître le corps de mon neveu et exiger qu'on me le remette. On va l'enterrer à Caracas, où il est né", a insisté auprès de journalistes sa tante Aura Pérez.

Bête noire du président socialiste Nicolas Maduro, Oscar Pérez, physique de mannequin au teint mat et grands yeux azur qui appelait sur les réseaux sociaux les Vénézuéliens à se soulever contre le gouvernement de ce pays pétrolier en crise, a été tué lundi lors d'une vaste opération de commandos militaires et de forces spéciales de la police.

Dans une vidéo tournée pendant l'opération dans une maison où il était retranché près de Caracas, il affirme, le visage ensanglanté, que les autorités veulent le tuer alors que lui et ses compagnons veulent se rendre.

Les autorités ont elles affirmé qu'elles avaient dû tuer le "groupe terroriste" qui avait attaqué les forces de sécurité durant la négociation pour se rendre et qui avait tué deux policiers. Selon le numéro deux du parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) au pouvoir, Diosdado Cabello, le groupe entendait "poser une bombe contre l'ambassade de Cuba".

Nicolas Maduro avait auparavant affirmé que l'opération visait à déjouer une attaque contre "l'ambassade d'un pays ami".

Des proches des cinq hommes et une femme tués avec l'ex-policier, ainsi que des membres de l'opposition sont également venus réclamer les corps.

"Je demande au président Maduro, avec toute ma peine et celle de ma famille (...) qu'on nous remette le corps de mon fils", a imploré Zeila Agostini, mère d'Abraham Agostini, un des six autres hommes armés tués au côté de Pérez.

"La réponse que nous avons reçu aujourd'hui est qu'on ne vas pas nous remettre les corps car ils sont à la disposition d'un tribunal militaire", a déclaré à des journalistes le député de l'opposition Winston Flores.

Les autorités "n'ont pas voulu remettre le rapport d'autopsie", a-t-il ajouté, déplorant le manque de transparence du gouvernement.

Oscar Pérez avait marqué les esprits par un coup d'éclat le 27 juin, en pleine manifestations anti-gouvernementales qui ont fait 125 morts entre avril et juillet: il avait survolé Caracas à bord d'un hélicoptère dérobé à la police et lancé des grenades sur des bâtiments officiels, sans faire de victimes.

L'ancienne procureure générale du Venezuela Luisa Ortega, ex-proche du régime qui a rompu avec le président Nicolas Maduro et fui en Colombie après sa destitution l'an dernier, a qualifié la mort de Pérez d'"exécution extrajudiciaire".

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