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17/01/2018 06:39 EST

Russie: des locaux de l'ONG Memorial incendiés dans le Caucase

Deux inconnus ont mis le feu à l'antenne locale de l'organisation de défense des droits de l'homme Memorial en Ingouchie, république instable du Caucase russe, une semaine après l'arrestation du représentant de cette ONG en Tchétchénie voisine.

Les deux hommes, le visage masqué, sont entrés dans la nuit de mardi à mercredi dans le local de Memorial situé à Nazran, capitale de l'Ingouchie, et y ont mis le feu en lançant des cocktails Molotov, a indiqué l'ONG dans un communiqué publié mercredi.

Les ordinateurs et les documents ont tous brûlé lors de l'incendie, a ajouté l'ONG. Elle a publié des photos des dégâts et des murs noircis par le feu, et appelé les autorités russes à enquêter sur ce qu'elle a qualifié d'"acte terroriste".

Selon Memorial, cette attaque, qui n'a pas fait de blessé, est liée à l'arrestation la semaine passée du responsable de son antenne en Tchétchénie, Oïoub Titiev, accusé de "trafic de drogue" par les autorités tchétchènes qui affirment avoir trouvé des stupéfiants dans sa voiture.

L'ONG dénonce une affaire montée de toutes pièces contre Oïoub Titiev.

"Nous sommes bien conscients qu'il existe un lien entre cette attaque et les forces qui essaient de détruire le travail de Memorial en Tchétchénie, pour faire disparaître Memorial de la région du Caucase du nord", poursuit le communiqué.

"Je ne crois pas qu'il faille tirer ce genre de conclusions", a déclaré mercredi aux journalistes le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. "Il s'agit de deux républiques différentes, de deux sujets différents de la Fédération russe", a-t-il souligné.

Plus ancienne organisation russe de défense des droits de l'homme, Memorial fait l'objet depuis de nombreuses années d'une pression constante des autorités. L'organisation a été classée en 2016 sous la dénomination controversée d'"agent de l'étranger", c'est-à-dire d'organisations bénéficiant d'un financement étranger et ayant "une activité politique". L'organisation

Le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Nils Muiznieks, a "condamné fermement" dans un communiqué "une série d'événements qui illustrent le climat menaçant" pour les droits de l'Homme dans la région.

De son côté, l'ONG Amnesty International a regretté "un climat de harcèlement, d'intimidations et d'agressions permanent contre les militants des droits de l'Homme dans le Caucase du nord", appelant dans un communiqué les autorités russes à ne pas laisser "impunie" cette attaque.

"Tout manquement à cet égard éveillerait des soupçons concernant la possible implication des autorités" dans l'attaque, a souligné Amnesty International, rappelant que le pouvoir russe "a longtemps cherché à faire taire Memorial".

La Tchétchénie est dirigée d'une main de fer par Ramzan Kadyrov, fidèle soutien du président russe Vladimir Poutine, accusé à plusieurs reprises par Memorial d'avoir mis en place un régime "totalitaire" recourant aux enlèvements et à la torture.

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