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17/01/2018 04:19 EST

La France envisage de prêter la Tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni

C'est un chef d'oeuvre du Moyen-Âge et un symbole quasi-millénaire des relations longtemps belliqueuses entre l'Angleterre et le continent: la France pourrait prêter au Royaume-Uni la Tapisserie de Bayeux, un geste fort pour cimenter les relations franco-britanniques en plein Brexit.

La présidence française a fait savoir mercredi qu'Emmanuel Macron et la Première ministre britannique Theresa May annonceront, lors du sommet franco-britannique de jeudi près de Londres, un programme d'échange d'oeuvres, qui pourrait inclure la fameuse Tapisserie.

"Ce prêt est envisagé car il y aura des travaux de restauration du musée de Bayeux pendant quelques mois", a précisé à la presse l'entourage du président français. Mais "ce ne sera pas avant 2020 car c'est un objet patrimonial extrêmement fragile qui fera l'objet de travaux de restauration très importants" avant tout transport, précise l'Elysée (palais présidentiel).

"C'est très significatif que la tapisserie vienne au Royaume-Uni et que les gens puissent la voir", a déclaré Mme May devant les députés britanniques, lors de la séance hebdomadaire de questions au gouvernement.

Joyau médiéval de l'histoire franco-anglaise, la tapisserie relate en particulier la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie. Elle attire chaque année 400.000 visiteurs dans la ville de Bayeux, en Normandie (ouest).

Tout à la fois une oeuvre d'art et un document historique, elle montre en particulier la préparation de l'expédition organisée par le duc Guillaume pour envahir l'Angleterre, la traversée de la Manche et la bataille d'Hastings, le 14 octobre 1066, qui a scellé la victoire de Guillaume le Conquérant.

Broderie réalisée quelques années plus tard sur une toile de lin mesurant 68,38 m, elle est constituée de neuf panneaux d'une largeur de 50 cm et de longueurs inégales.

Souvent décrite comme un ancêtre des bandes dessinées, et un outil de propagande politique pro-normand, la Tapisserie de Bayeux est inscrite au registre Mémoire du Monde de l'Unesco.

Le lieu de sa fabrication reste un sujet de débat. Comme le rappelle la commission française pour l'Unesco, la légende veut qu'elle ait été réalisée par la reine Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant, et ses suivantes, d'où le fait qu'elle donne la part belle aux Normands; mais des inscriptions laissent penser qu'elle aurait été brodée par des moines anglais.

- Retour aux sources ? -

"La tapisserie a très probablement été conçue à Canterbury, dans le Kent (dans le sud-est de l'Angleterre, ndlr), où existaient à l'époque de nombreux ateliers de broderie", confirme à l'AFP Pierre Bouet, historien médiéviste, et co-auteur de "La tapisserie de Bayeux mystères et révélations d'une broderie du Moyen Age".

"Un prêt au Royaume-Uni serait un grand événement", souligne l'historien, pour qui "ce serait donc un retour aux sources".

Conservée "dans un boîtier métallique qui la protège des incendies et de l'humidité", la Tapisserie a déjà voyagé au fil des siècles, rappelle ce spécialiste. "Napoléon a fait venir la tapisserie à Paris en 1804 pour mobiliser l'opinion publique à la conquête de l'Angleterre", projet qu'il avait dû abandonner, et elle avait également été transportée à Paris au Louvre en juin 1944, sur ordre de Hitler qui voulait "l'emmener à Berlin", dit-il.

Alors que Theresa May est en pleines négociations en vue du Brexit, programmé l'an prochain, ce possible prêt est "un geste diplomatique extraordinaire de la part du président français, et une marque de bonne volonté de la part de l'un de nos plus proches voisins et alliés", a salué sur la BBC Tom Tugendhat, député et président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des communes.

L'élu suggère que le British Museum de Londres pourrait prêter en échange la Pierre de Rosette, un autre symbole des relations tumultueuses entre Paris et Londres puisqu'elle fut découverte en Egypte par les Français mais reprise par les Anglais après la défaite de Napoléon.

L'annonce a également fait sourire certains commentateurs britanniques, voyant dans ce geste français une façon de "moquer" les Britanniques en leur prêtant le symbole d'une de leurs défaites les plus cuisantes. A l'image de Kevin Maguire, un des responsables du Daily Mirror, quotidien pro-UE, qui estime que "les partisans du Brexit vont détester la Tapisserie de Bayeux".

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