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12/01/2018 20:45 EST

Budget à l'ONU: une discussion de marchands de tapis

Comment 193 pays peuvent-ils se mettre d'accord sur un budget commun ? Fin décembre à l'ONU, les discussions ont duré tard le soir et souvent tourné à des échanges de marchands de tapis, selon des diplomates.

De multiples chiffres ont été avancés à cette occasion, des pays ont brandi des demandes inconsidérées, la négociation est entrée dans le détail du détail... "Voilà comment la cuisson s'est faite", raconte un diplomate ayant suivi de près le marathon.

Au final, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté un budget de fonctionnement biennal 2018-2019 de 5,397 milliards de dollars, soit une réduction d'environ 5% par rapport au budget dépensé pour 2016-2017, 5,683 milliards.

Le budget des opérations de paix figure dans une enveloppe séparée, adoptée en juin et portant sur 7,3 milliards de dollars.

Fin décembre, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, avait été la première à publier un communiqué triomphal, assurant que les Etats-Unis étaient responsables de la diminution du budget de fonctionnement. "C'est de bonne guerre" mais ce n'est "pas vrai", corrige un diplomate occidental sous anonymat.

Depuis l'entrée en fonctions de la nouvelle administration de Donald Trump il y a un an, Washington, premier contributeur financier de l'ONU, a à coeur de réduire ses dépenses.

En réalité, c'était un peu oublier tous les efforts des autres membres pour faire de même, notent des diplomates. Mais Washington risque de continuer à pousser encore pour réduire "drastiquement" les crédits affectés à l'ONU, craint un ambassadeur.

A l'occasion de la discussion pour 2018-2019, "pour la première fois, tout le monde a été d'accord pour diminuer les crédits", révèle un autre diplomate. Dans le passé, les Occidentaux réclamaient des réductions auxquelles s'opposaient plutôt les pays en développement.

Les marchandages ont été lancés dès décembre 2016. Les Etats membres ont donné au secrétaire général de l'ONU le chiffre de 5,395 milliards de dollars pour préparer le futur budget biennal. "Pour certains, c'était une ligne rouge", pour d'autres "une estimation préliminaire pouvant être dépassée", ajoute cette source.

- 'Corde au cou' -

Tout au long de 2017, les experts du secrétariat général ont travaillé sur les répartitions et à l'automne sont revenus avec le chiffre de 5,532 milliards. Un organisme consultatif affine à 5,493 milliards.

Les Etats membres de l'Assemblée entrent alors en piste, pour tous réclamer des réductions, décrit la source diplomatique.

Brutaux, les Etats-Unis demandent 250 millions de moins, pour un budget donc de 5,243 milliards (le résultat final sera de 5,397...). En listant les économies possibles: zéro dollar pour les Palestiniens, gel des embauches, gel des salaires, etc.

Selon des diplomates, l'Union européenne réclame dans le même temps 160 millions de moins, le Mexique 80 millions, le Groupe des 77 (coalition à l'ONU de pays en développement) 60 millions, les pays africains 40 millions.

"C'est le grand écart et chacun a dû mettre de l'eau dans son vin", explique un spécialiste du dossier sous couvert d'anonymat. Nouvelles propositions de coupes par les pays mais cette fois pouvant être acceptées par les autres. "Chacun a fait sa liste" pour arriver à un document et un budget communs.

Les documents de travail vus par l'AFP entrent dans le détail: consultants, voyages, dons, matériels etc, avec pour chaque ligne des pourcentages de réduction et souvent des exceptions régionales.

Nikki Haley a eu "tendance à surjouer le résultat mais elle a obtenu moins que ce qu'elle voulait", note un diplomate.

Dans le cadre de ses réformes, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a demandé que l'Organisation revienne en 2020 à un budget de fonctionnement annuel, arguant de la nécessité d'avoir de la souplesse et de s'affranchir des aléas des taux de change sur une trop longue durée.

L'exercice budgétaire de l'ONU était annuel jusqu'en 1973. Il était ensuite passé sur deux ans "pour éviter d'avoir la corde au cou" chaque année, soupire un diplomate, en évoquant la réforme envisagée.

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