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10/01/2018 06:09 EST | Actualisé 10/01/2018 14:15 EST

Une erreur de pilotage en cause dans l'accident d'avion qui a entraîné la mort de Jean Lapierre

L'écrasement d'avion est dû à une «approche non stabilisée» du pilote.

David Noel/PC

L'écrasement d'avion qui a causé la mort de sept personnes aux Îles-de-la-Madeleine, dont celle du chroniqueur politique Jean Lapierre, est dû à une "approche non stabilisée" du pilote et une prise de risques, a tranché le Bureau de la sécurité des transports.

Mais le BST, au cours de la conférence de presse qui a suivi la publication de son rapport, mercredi à Montréal, s'est refusé à parler d'erreur de pilotage. Il a même indiqué que d'autres pilotes auraient pu prendre les mêmes décisions dans des circonstances semblables.

"C'est un ensemble de facteurs. Dans ces circonstances-là, il faut comprendre que d'autres pilotes, dans les mêmes circonstances, auraient pris probablement les mêmes actions", a jugé la directrice des enquêtes du BST, Natacha Van Themsche.

Il reste que cette prise de risques a eu une issue fatale pour sept personnes.

Plusieurs facteurs ont contribué à l'accident, à commencer par cette approche non stabilisée et la décision du pilote de maintenir cette approche, même quand elle a posé des défis.

Le BST explique dans son rapport que lorsqu'il était en vol de croisière, le pilote a modifié son approche pour retarder l'amorce de sa descente. L'appareil volait encore trop haut et trop vite. Et pour atterrir, le pilote s'est retrouvé avec moins de temps pour réagir et plusieurs manoeuvres à effectuer avant l'atterrissage. Au lieu de changer son approche, le pilote l'a poursuivie, mais de façon non stabilisée.

La présidente du BST, Kathy Fox, a déploré "un trop grand nombre de ces approches non stabilisées" qui peuvent mener à des accidents.

Nous continuerons de souligner les risques que prennent les pilotes lorsqu'ils poursuivent une approche non stabilisée à l'atterrissage.Bureau de la sécurité des transports du Canada

Le coroner, le Dr Martin Clavet, en fait une recommandation, soit celle de rappeler aux pilotes les dangers de ces approches non stabilisées.

Le BST a aussi souligné que l'appareil en cause, le Mitsubishi MU-2, "présente des défis à piloter" et qu'il est notamment un appareil puissant. Mais il n'a pas noté d'anomalie mécanique.

De même, le pilote Pascal Gosselin était un pilote "relativement expérimenté", a souligné le coroner Clavet, mais peu expérimenté sur ce type d'appareil.

Mme Fox a aussi noté que le pilote avait même pris des précautions qu'il n'était pas obligé de prendre, soit de modifier un téléphone intelligent pour permettre l'enregistrement en vol. Cet enregistrement s'est d'ailleurs révélé précieux pour le BST, qui a ainsi pu éliminer d'autres causes, comme le givre, a relevé la présidente.

Le mauvais temps, qui avait été évoqué à l'époque de l'accident, ne semble pas avoir été un facteur déterminant. Le coroner Clavet a nié que le temps ait été "exécrable" et le BST a noté que la situation était quand même gérable, bien que pas idéale.

L'accident du 29 mars 2016 a causé la mort de sept personnes, dont l'ancien homme politique Jean Lapierre, son épouse Nicole Beaulieu, ses deux frères Marc et Louis Lapierre, sa soeur Martine Lapierre, le pilote et le "passager pilote" Fabrice Labourel. Le "passager pilote" était un pilote professionnel et un instructeur de vol, mais n'agissait pas à titre de copilote pour ce vol. Les frères et soeurs Lapierre se rendaient aux Îles-de-la-Madeleine pour assister aux funérailles de leur père.

Le coroner Clavet a souligné qu'"en aviation, souvent, les meilleures décisions se prennent au sol". Interrogé à savoir ce qu'il voulait ainsi dire, il a expliqué qu'il valait mieux planifier les circonstances de son vol avant de quitter, établir "un plan B" à l'avance, si les circonstances venaient à changer.

Il fait surtout une recommandation voulant que les autorités encouragent l'utilisation des systèmes de détection d'angle d'attaque. Un tel système aurait été fort utile au pilote Gosselin et lui aurait permis de mieux réagir dans les circonstances, a fait valoir le Dr Clavet.

"Ce type d'instrument-là peut être aidant pour prévenir les accidents d'aviation comme celui qui s'est produit aux Îles-de-la-Madeleine. Dans cet esprit-là, je jugeais important de mettre la balle dans le camp de Transport Canada pour qu'il fasse la promotion de cet instrument-là et qu'il favorise l'utilisation de cet instrument-là", a commenté le coroner.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, a réitéré qu'il avait la sécurité aérienne à coeur et qu'il avait dépêché ses propres inspecteurs et nommé un inspecteur du ministère afin de suivre l'enquête du BST. "Nous restons déterminés à préserver et à améliorer la sécurité du réseau de transport aérien du Canada", a-t-il commenté par voie de communiqué.

Galerie photoFunérailles de Jean Lapierre et de sa famille Voyez les images