NOUVELLES
10/01/2018 16:43 EST | Actualisé 10/01/2018 16:43 EST

Concordia annonce des mesures pour lutter contre les inconduites sexuelles

L'Université Concordia a annoncé mesures concrètes.

Le recteur de l'Université Concordia Alan Shepard.
THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson
Le recteur de l'Université Concordia Alan Shepard.

Aux prises avec une vague d'allégations d'inconduite sexuelle au sein de son département d'études anglaises, l'Université Concordia a annoncé mercredi trois mesures concrètes, dont un examen du climat actuel dans tous les secteurs de l'institution montréalaise.

Le recteur de l'université, Alan Shepard, a par ailleurs indiqué mercredi que l'institution avait lancé une enquête sur les allégations d'un blogueur.

Mike Spry, admis au programme de création littéraire de premier cycle à Concordia en 2004, soutient avoir été témoin et mis au fait, pendant quelques années, d'un nombre «incalculable de cas de gestes d'affection non désirés, d'attouchements, de remarques et de propositions inappropriées» de la part de professeurs du département. Le blogueur soutient que des hommes en situation d'autorité auraient propagé des rumeurs, dénigré et humilié les femmes qui refusaient leurs avances.

La porte-parole de Concordia, Mary-Jo Barr, a indiqué que l'université espère pouvoir parler avec M. Spry.

Face à ces «sérieuses allégations», le recteur Shepard annonce aussi que la direction rencontrera cette semaine des étudiants, des professeurs et des membres du personnel du programme de création littéraire «pour les écouter, les soutenir et tracer la voie à suivre».

«Nous entendons ainsi nous assurer que le programme offre un milieu sûr et libre de toute forme d'inconduite ou de harcèlement sexuels», écrit le recteur dans un message sur le site internet de l'université.

Le recteur annonce enfin «un vaste examen du climat actuel dans tous les secteurs» de l'université. «Nous ferons preuve de la plus grande transparence et ne négligerons rien pour tenir la communauté et le grand public au courant des suites de ce dossier, écrit-il. Nous diffuserons les recommandations générales du groupe de travail plus tard en 2018, dès l'achèvement de l'examen annoncé.

«Il importe de répéter que toute inconduite sexuelle est inacceptable, contrevient directement à nos valeurs et à nos politiques, et ne sera pas tolérée. Lorsque des allégations d'inconduite de toute nature sont portées à l'attention de l'administration de Concordia, une enquête rigoureuse est menée. Par la suite, l'Université impose s'il y a lieu des mesures disciplinaires pouvant aller jusqu'au congédiement.»

Témoignage d'une écrivaine établie

Depuis la publication du blogueur Spry, lundi, d'autres allégations ont fait surface, dont celles d'une écrivaine montréalaise bien établie aujourd'hui. Heather O'Neill («La vie rêvée des grille-pain») soutient qu'elle a été victime de harcèlement sexuel pendant ses années d'études à Concordia à la fin des années 1990. Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, l'écrivaine soutient que son cas n'est pas unique et que le problème est systémique au sein du programme de création littéraire de Concordia.

Mme O'Neill admet qu'elle a d'abord ressenti de la culpabilité et de la honte, et qu'elle a choisi ensuite le déni. Elle explique que plusieurs écrivaines en herbe hésitent à dénoncer leurs agresseurs parce qu'elles ne veulent pas ruiner leurs chances de percer. «Je ne voulais pas amorcer ma carrière en attaquant ces hommes blancs plus âgés qui bénéficiaient de tremplins et qui étaient très, très bien branchés dans le milieu littéraire», raconte-t-elle aujourd'hui.

«Et je dirais que la jeune femme que j'étais (...) se sentait vulnérable à ces formes d'agressions. Je ne réalisais même pas à quel point c'était mal.»

Heather O'Neill estime que la direction de l'université n'a qu'à se rendre sur internet pour trouver les noms des agresseurs et mener son enquête. «Pas besoin de demander aux femmes de remplir d'obscurs formulaires — je ne les remplirai pas: je vous dis précisément ce qui s'est passé.»

L'écrivaine estime par ailleurs que l'université devrait revoir immédiatement ses politiques entourant les relations maîtres-étudiants. Le gouvernement du Québec a d'ailleurs déposé un projet de loi qui obligerait les universités à adopter d'ici septembre 2019 une politique pour prévenir et combattre la violence sexuelle sur les campus, en fixant notamment des balises pour les relations intimes entre professeurs et étudiants.

Mme O'Neill croit que les relations entre professeurs et étudiants devraient être carrément interdites, comme dans certaines universités américaines.

Le recteur Shepard note mercredi que l'examen du climat actuel dans tous les secteurs de l'institution «prendra appui sur le travail que nous menons depuis 2014 afin d'améliorer nos politiques, et intégrera les exigences de la nouvelle loi du gouvernement du Québec».

VOIR AUSSI: