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Des bâtons dans les roues des chars à un mois du carnaval de Rio

À Rio de Janeiro, le carnaval est sacré, mais le maire évangélique Marcelo Crivella est accusé de mettre des bâtons dans les roues des chars fastueux qui défileront dans un mois.

Le 13 juin, l'édile de la "ville merveilleuse" a pris tout le monde de court, en annonçant qu'il réduirait de moitié la subvention allouée aux écoles de samba pour la plus grande fête populaire de la planète.

Sous le choc, les écoles avaient menacé de boycotter les défilés, mais elles ont fini par se raviser, notamment grâce à aux promesses d'investissements privés pour compenser cette réduction inattendue.

Même si elles sont rentrées dans le rang, certaines ont gardé le goût de la provocation propre au carnaval brésilien.

C'est le cas de Mangueira, une des écoles les plus traditionnelles, qui défilera cette année sous le thème: "Avec ou sans argent, je profite du carnaval".

"Le péché, c'est de ne pas profiter du carnaval", scande un des couplets, une pique à peine voilée en direction d'un maire accusé d'être moralisateur, face à l'exubérance charnelle des festivités.

"La réduction des subventions nous a obligés à nous adapter pour faire un carnaval grandiose, mais en phase avec cette nouvelle réalité" financière, explique à l'AFP Leandro Vieira, directeur artistique de Mangueira.

Le mot d'ordre est la débrouille, en recyclant par exemple des matériaux issus de défilés d'éditions précédentes.

"Nous avons vraiment vécu un année difficile", admet Fabio Pavao, membre de la direction de Portela, formation qui a partagé le titre de l'an dernier avec Mocidade.

"Les écoles ont besoin du soutien des pouvoirs publics. Avec un maire qui aime le carnaval, c'est beaucoup plus facile", souligne-t-il.

Contrairement à son prédécesseur, Eduardo Paes, qui s'exhibait volontiers dansant la samba en jouant du tambourin, Marcelo Crivella n'a assisté à aucun défilé du carnaval de l'an dernier, un mois à peine après son investiture.

"Pour la doctrine évangélique, le carnaval est la fête du diable", regrette Leandro Vieira, un des plus féroces critiques du maire.

"Un croyant évangélique peut penser ça, mais pas le maire de Rio. Cette tradition permet à la ville d'obtenir d'énormes recettes. Ce qui me fait peur, c'est que cette pensée conservatrice peut même aller à l'encontre de la logique financière", s'étonne-t-il.

Les détracteurs du maire mettent en avant le fait que l'affluence de touristes durant le carnaval permet d'injecter environ un milliard de dollars par an dans l'économie.

Mais le maire a justement cité la crise financière qui touche Rio de plein fouet, un an et demi après les jeux Olympiques, pour justifier la réduction de moitié des subventions, passées à 1 million de réais (environ 300.000 dollars) pour chacune des écoles du "groupe spécial", la première division du carnaval.

"Ma responsabilité en tant que maire est énorme et je ne peux pas priver les hôpitaux de médecins ni les enfants de goûter à l'école", a rappelé le maire jeudi dernier.

Marcelo Alves, président de Riotur, l'agence de tourisme de la ville, assure à l'AFP que la baisse des subventions n'est en aucun cas liée à des motivations politiques ou religieuses.

"Le maire n'est pas un 'foliao' (terme qui désigne les fêtards du carnaval), mais, de là à dire qu'il n'aime pas le carnaval, c'est très différent. Il l'aime tellement que lors d'une réunion, il nous a chanté une samba", affirme-t-il.

M. Alves ajoute que l'édile, chanteur de gospel renommé, l'appelle tous les jours pour s'assurer que les préparatifs se déroulent bien.

Riotur a en effet travaillé d'arrache-pied pour que les écoles de samba bénéficient d'investissements privés pour compléter les subventions municipales et les droits télévisés.

Uber a annoncé récemment un généreux contrat de parrainage et le gouvernement fédéral a aussi contribué à travers des avantages fiscaux concédés aux sponsors.

Les écoles ont accueilli ces rallonges avec bienveillance mais ont regretté le fait qu'elle aient été confirmées sur le tard, les empêchant de faire des plans plus ambitieux à l'origine.

Reste à savoir si M. Crivella sera de la fête cette année. "J'espère que oui, ça fait partie de sa fonction. Qui sait, ça pourrait même lui plaire", ironise Fabio Pavao.

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