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27/12/2017 07:30 EST

Russie: un historien accusé de pédophilie sera relâché sous contrôle judiciaire

L'historien russe Iouri Dmitriev, membre de l'ONG Memorial, sera relâché fin janvier sous contrôle judiciaire après plus d'un an en prison pour des accusations de pédophilie dénoncées par l'organisation comme visant son travail, a-t-on appris mercredi auprès de son avocat.

Un tribunal de Petrozavodsk (nord) "a décidé de relâcher Iouri Dmitriev sous contrôle judiciaire à partir du 28 janvier", a déclaré à l'AFP l'avocat Viktor Anoufriev.

Connu pour ses recherches sur les disparus de la Grande Terreur des années 1930, M. Dmitriev, 61 ans, qui dirige l'antenne de Memorial en Carélie (région frontalière de la Finlande), avait été arrêté le 13 décembre 2016 à Petrozavodsk.

Cette ONG sous pression constante des autorités -- la plus ancienne organisation russe de défense des droits de l'homme -- ne cesse depuis de dénoncer une affaire montée "de toutes pièces" visant à porter atteinte à son travail mémoriel.

Les enquêteurs accusent Iouri Dmitriev d'avoir notamment pris des images "pornographiques" de sa fille adoptive. Pour sa part, il assure avoir pris ces photos à des "fins médicales" pour suivre l'évolution de la fillette, qui était extrêmement maigre et maladive dès sa naissance.

L'historien, qui rejette toutes les accusations, encourt jusqu'à 15 ans d'emprisonnement.

Selon M. Anoufriev, le tribunal a décidé de relâcher M. Dmitriev après avoir reçu les résultats d'une nouvelle expertise selon laquelle les images en question "n'ont pas été reconnues pornographiques". Il doit rester en détention provisoire jusqu'au 27 janvier inclus en vertu d'une décision de justice précédente.

"Iouri Dmitriev fêtera son anniversaire le 28 janvier. Il voulait être libre ce jour-là et il le sera", s'est félicité l'avocat.

Iouri Dmitriev a dressé pendant près de 30 ans de travail la liste de 40.000 noms de personnes exécutées et déportées en Carélie lors de la terreur stalinienne. Il est également à l'origine de la découverte de l'un des plus grands charniers de la région à Sandarmokh, où ont été fusillées environ 9.000 personnes.

En 2003, il a établi les lieux de dernière sépulture de milliers de détenus ayant participé à la construction du canal de la mer Blanche entre 1931 et 1933. Trois ans plus tard, il a découvert les fosses communes comportant les corps des détenus du camp de travail des îles Solovki (Nord).

Fin octobre, des centaines de Russes, réunis à Moscou pour honorer la mémoire des millions de victimes des répressions staliniennes, ont réclamé sa libération, demandée également par de nombreuses personnalités.

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