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27/12/2017 08:14 EST

France: encore en gestation, la réforme de l'assurance-chômage déjà controversée

La réforme de l'assurance-chômage française, un des plus importants et plus délicats chantiers du président Emmanuel Macron, n'est pas encore définie qu'elle suscite déjà la controverse, après des fuites dans la presse sur le renforcement du contrôle des bénéficiaires.

Selon l'hebdomadaire Le Canard Enchaîné de mercredi, qui cite une note "confidentielle" du ministère du Travail, une recherche insuffisante, un refus de formation ou un refus de deux offres d'emploi jugées raisonnables entraînerait une réduction des allocations de moitié pendant deux mois, contre 20% actuellement.

En outre, chaque demandeur d'emploi devrait remplir un "rapport d'activité mensuel", listant l'ensemble des démarches effectuées pour favoriser son retour à l'emploi.

Le durcissement des sanctions contre les demandeurs d'emploi qui ne seraient pas assez "actifs" dans leurs recherches avait figuré dans les promesses de campagne du président Macron, dans le cadre de la réforme de l'assurance-chômage, qui s'annonce très délicate tant le sujet est sensible en France.

Le système français est réputé être un des plus généreux en Europe pour les chômeurs et est régulièrement pris pour cible par le patronat comme une des raisons du chômage endémique en France.

L'idée d'un contrôle régulier des demandeurs d'emploi avait ainsi été suggérée par Pierre Gattaz, le numéro un du Medef (organisation patronale).

Avec 9,7% de chômeurs, la France reste nettement au-dessus de la moyenne européenne (7,6%) mais ce taux devrait s'établir à mi-2018 à 9,4%, au plus bas depuis début 2012.

Le gouvernement souhaite descendre à 7% d'ici à 2022. Emmanuel Macron a ainsi dit, mercredi au journal espagnol El Mundo, attendre "des résultats significatifs au bout de 18 à 24 mois" sur le front du chômage, après la réforme du code du travail, qui a déjà suscité une vive controverse sans pour autant empêcher son adoption.

Sollicité par l'AFP, le gouvernement n'a pas commenté les informations du Canard enchaîné, qui ont aussitôt suscité de vives critiques au sein de l'opposition de gauche et d'extrême droite.

- 'le chômeur suspect' -

"Toute cette bureaucratie autour du chômage n'a qu'un but: rayer des gens, rayer, rayer, rayer et pouvoir dire après +regardez, grâce à nous le chômage a reculé+", a accusé le député de La France insoumise (gauche radicale) Alexis Corbière.

Le PS a "demandé au président et au Premier ministre de ne pas laisser à Pierre Gattaz le rôle de conseiller +social+ de l'exécutif", tandis que le Parti communiste français a dénoncé ce "macronisme" pour qui "le chômeur est un suspect qui doit être étroitement surveillé".

Le Front national, par la voix de son porte-parole Jordan Bardella, rejette, lui aussi, cette "suspicion généralisée" sur "des victimes du chômage de masse", plaidant à la place pour "un ciblage des fraudeurs notoires".

Défendant la réforme, le député Sylvain Maillard (LREM, parti présidentiel), a estimé "qu'être au chômage donnait des droits et des devoirs". Concernant le rapport d'activité, le député de Paris a assuré que "l'idée n'est pas de fliquer" le demandeur d'emploi.

La négociation sur la réforme de l'assurance chômage doit débuter le 11 janvier et s'achever mi-février. Dans le document d'orientation envoyé mi-décembre aux syndicats et au patronat pour cadrer la négociation, le ministère du Travail explique qu'il "proposera" une réforme "du barème et des modalités de sanctions dans les semaines qui viennent".

"Ce qui est écrit dans le Canard a été un temps envisagé", a assuré une source syndicale à l'AFP. Mais selon elle, il ressort des réunions avec "le cabinet" de Muriel Pénicaud que la réforme de l'échelle des sanctions devrait finalement "être soft".

Le renforcement des sanctions, mais aussi des contrôles, était présenté, pendant la campagne présidentielle, comme le pendant d'une ouverture de l'assurance chômage à davantage de bénéficiaires, notamment aux indépendants et à davantage de démissionnaires. Ces deux sujets seront également négociés par les partenaires sociaux.

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