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27/12/2017 05:57 EST

Cameroun: arrêt des poursuites et expulsion de l'écrivain Patrice Nganang

L'écrivain camerounais Patrice Nganang, arrêté le 6 décembre au Cameroun pour des propos menaçants sur les réseaux sociaux à propos de la crise en zone anglophone, a été relaxé et expulsé, a annoncé son avocat mercredi à l'AFP.

Le tribunal de première instance de Yaoundé a ordonné la relaxe de M. Nganang. Son procès était prévu le 19 janvier, mais il a été conduit au tribunal mercredi matin où le procureur a demandé l'abandon des poursuites et sa libération, selon son avocat Me Emmanuel Simh.

M. Nganang a été expulsé en début d'après-midi. Il a embarqué sur un vol de la compagnie Ethiopian Airlines vers les Etats-Unis, via Addis-Abeba. Son passeport camerounais lui a été retiré mais il dispose toujours de son passeport américain, pays dont il a également la nationalité.

L'expulsion s'est faite de manière informelle sans aucune décision de reconduite à la frontière, a affirmé à l'AFP Me Simh. "Tout est allé très vite. Lorsque nous avons demandé des explications (sur l'expulsion, il nous a été dit) que notre client est de nationalité américaine et en situation irrégulière au Cameroun", a-t-il déclaré.

Les autorités camerounaises en charge de l'administration pénitentiaire n'ont pas souhaité communiquer sur les causes de cette expulsion.

"Je sais qu'il est remis en liberté parce que c'est (une question) politique. L'histoire le retiendra ainsi. Lorsque M. Nganang a été arrêté, il était poursuivi pour outrage au président de la République. L'infraction a été abandonnée. Le président Paul Biya a donc désavoué tous ces gens-là qui par zèle ont fait arrêter un écrivain", avait affirmé l'avocat plus tôt dans la journée à la presse.

L'écrivain avait été interpellé le 6 décembre à Douala, capitale économique du Cameroun, alors qu'il devait embarquer pour Harare.

Il était poursuivi notamment pour "apologie de crime", "menaces" et "outrage à corps constitués", et avait plaidé non coupable lors de la première audience de son procès le 15 décembre à Yaoundé, selon son avocat.

Ce dernier avait alors dénoncé "une procédure à caractère purement politique (...) contre quelqu'un qui a des positions connues et tranchées contre le régime de M. Biya".

Selon le porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, il lui était reproché notamment des menaces contre le président Biya sur Facebook, publié au retour d'un séjour dans l'ouest anglophone du pays, plongé depuis fin 2016 dans une grave crise socio-politique aux accents séparatistes.

"Faites-moi confiance et je ne blague pas, je l'ai devant moi, lui Biya, et j'ai un fusil, je vais lui donner une balle exactement dans le front. Je le dis depuis Yaoundé où je suis", avait écrit M. Nganang le 3 décembre.

M. Nganang est l'auteur de "Temps de chien", prix Marguerite Yourcenar et Grand prix de la littérature d'Afrique noire. Il enseigne la littérature à l'Université de New York.

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