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22/12/2017 08:39 EST

Pérou: derrière la victoire du président, les divisions du Fujimorisme

Menacé de destitution par le Parlement, le président péruvien de centre droit Pedro Pablo Kuczynski a réussi à conserver le pouvoir, mais derrière cette victoire pointe la division du clan Fujimori, qui conserve une forte influence dans ce pays.

Pour l'opposition, c'était un boulevard. Un président accusé d'avoir menti sur ses liens avec Odebrecht, le géant du BTP brésilien qui a reconnu avoir payé près de cinq millions de dollars à des entreprises de conseil directement liées au chef de l'Etat, alors ministre, entre 2004 et 2013.

Une majorité au Parlement pour les adversaires de "PPK", comme on surnomme le chef de l'Etat, lesquels avaient lancé une procédure de destitution express qui devait aboutir jeudi par un vote. Deux tiers des voix étaient nécessaires pour le faire chuter, soit 87 sur 130.

L'affaire qui semblait pliée, 93 législateurs ayant approuvé l'ouverture du processus, a pris un tour inattendu à l'annonce du résultat du scrutin, après d'intenses discussions au sein de partis et avec l'entourage du président.

"La demande de destitution pour incapacité morale est rejetée", a déclaré le président du Parlement Luis Galarreta à l'issue du vote, qui a recueilli 79 voix pour, 19 contre et 21 abstentions, au terme d'une session marathon.

Derrière ce résultat, véritable claque pour la principale adversaire du président, Keiko Fujimori, se jouait une lutte d'influence au sein de son parti, Fuerza Popular, la principale formation d'opposition, avec son frère Kenji.

Tous deux se disputent l'héritage politique du père, l'ancien chef de l'Etat Alberto Fujimori (1990-2000), figure qui déchaîne les passions au Pérou.

- 'Défaite politique' -

A 79 ans, ce dernier purge depuis 2007 une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité.

Le vote a fait éclater au grand jour les divisions de Fuerza Popular : dix de ses représentants se sont abstenus, dont le cadet de la fratrie Fujimori, qui a pesé lourd dans la balance. Le parti devrait engager une procédure disciplinaire contre eux.

"Le facteur Kenji a été décisif. C'est une sacrée défaite politique de Fuerza Popular", juge le politologue Fernando Tuesta.

Le cadet des Fujimori, enfant gâté qui avait l'habitude de se promener avec ses amis dans les hélicoptères de l'armée lorsque son père dirigeait le pays, est devenu une personnalité politique de premier plan : pour la deuxième fois consécutive, il a récolté le plus grand nombre de voix aux élections législatives de 2016.

Sa soeur ayant raté le coche à deux reprises, contre PPK en 2016 et Ollanta Humala en 2011, Kenji, 37 ans, ne cache plus son ambition présidentielle.

Il représente l'aile dure et conservatrice du fujimorisme, à l'inverse de Keiko qui incarne la branche modérée, et a toujours clamé l'innocence de son père et plaidé l'annulation de son procès pour irrégularités.

- Grâce présidentielle? -

Hasard du calendrier ou pas, une nouvelle demande d'aménagement de peine d'Alberto Fujimori, comme ses avocats en déposent régulièrement, a été rendue publique jeudi.

Des rumeurs de négociations entre le gouvernement et les proches de l'ex-homme fort du Pérou sur une éventuelle grâce présidentielle revenait avec insistance ces derniers jours.

Deux autres facteurs aurait été déterminants dans ce résultat : la crainte de voir revenir en force le clan Fujimori, en cas de départ du président, et la menace de démission des deux vice-président si PPK était destitué, ce qui aurait conduit à de nouvelles élections générales.

Cela a fait "réfléchir à deux fois les législateurs (...) qui ont peur de ne pas être réélus dans un climat de colère" de la population, juge le cabinet d'analyse Eurasia Group.

Placé en détention provisoire, l'ancien président Ollanta Humala (2011-2016), accusé d'avoir reçu trois millions de dollars d'Odebrecht lors de sa campagne électorale, s'est félicité du résultat via Twitter : "Voilà une bonne chose pour la stabilité politique du pays".

Bien qu'il ait réussi a sauver sa tête, le chef de l'Etat risque de voir "son poids politique diminuer et les tensions avec le Parlement freiner les efforts de son gouvernement pour faire décoller la croissance et l'adoption des principales réformes", ajoute Eurasia.

Le président "a une nouvelle chance historique, qu'il en fasse bon usage. Qu'il forme un nouveau gouvernement et fasse de la politique autrement", a commenté l'analyste politique Carlos Torres Caro.

fj-tup/ole

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