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19/12/2017 06:42 EST

Syrie: l'ONU prolonge d'un an l'aide humanitaire dans les zones rebelles

Le Conseil de sécurité de l'ONU a prolongé mardi d'un an une résolution autorisant l'acheminement à travers les frontières et les lignes de front en Syrie de l'aide humanitaire aux populations vivant dans les zones rebelles, malgré des réserves russes, chinoises et boliviennes.

La résolution a été adoptée par 12 voix pour et trois abstentions, celles de la Russie --premier allié de Damas--, la Chine et la Bolivie.

L'ambassadeur suédois à l'ONU, Olaf Skoog, s'est réjoui de voir le Conseil de sécurité (15 membres) réussir "une réalisation de taille" avec l'adoption de ce texte, sans aucun veto. Il s'agit d'une "question de vie et de mort pour la population", a rappelé son homologue français, François Delattre.

Cette année, le dossier syrien avait jusqu'à présent plutôt divisé le Conseil de sécurité, avec parfois des veto de la Russie.

Pour être adoptée, une résolution doit réunir au moins neuf voix et ne pas faire l'objet d'un veto de l'un des cinq membres permanents, parmi lesquels figurent Moscou et Pékin.

Environ 3 millions de personnes, sur quelque 13 millions concernées par une assistance dans toute la Syrie, bénéficient de l'aide apportée par l'ONU et les ONG aux populations vivant en zones rebelles, selon l'ONU.

La résolution, rédigée par la Suède, le Japon et l'Egypte, prévoit un renouvellement de l'aide transfrontalière et à travers les lignes de front jusqu'au 10 janvier 2019. Suite à une demande de la Russie, elle réclame au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, "des recommandations sur la manière de renforcer le mécanisme de contrôle onusien" sur cette aide.

Le texte, qui "préserve le travail de l'ONU et des ONG", selon un diplomate, contient un nouvel appel à la levée de tous les sièges et une mention sur la Ghouta orientale située près de Damas. En novembre et début décembre, ce fief rebelle a été violemment bombardé par le régime, faisant des dizaines de morts.

Une mention des zones de désescalade, initiées par la Russie, est "très prudemment rédigée en étant présentée comme une étape vers un cessez-le-feu complet", selon la même source diplomatique.

- Situation 'catastrophique' -

Les Occidentaux sont très soucieux de préserver l'ONU comme canal unique pour trouver une solution politique au conflit syrien et regardent avec beaucoup d'attention les efforts diplomatiques et militaires de la Russie qui pourraient à terme se traduire par un contournement des Nations unies.

"Il n'y a pas d'alternative au processus de l'ONU à Genève", a martelé mardi l'ambassadeur français.

La résolution sur l'acheminement de l'aide humanitaire, qui permet aux convois de s'affranchir de toute autorisation du régime syrien, avait été récemment critiquée par la Russie, qui a jugé qu'elle "portait atteinte à la souveraineté de la Syrie".

Tout en assurant ne pas vouloir interrompre l'aide humanitaire aux zones syriennes toujours hors du contrôle de Damas, la Russie avait refusé un simple renouvellement technique de la résolution. Ses partenaires au Conseil de sécurité avaient accepté des changements mineurs sans toucher au fond.

Moscou a réclamé un contrôle renforcé des cargaisons, de leur acheminement et destination. L'aide peut cacher la livraison d'armes, être revendue au marché noir, estimait la Russie.

Les critiques russes sur la résolution de l'ONU sont intervenues alors que le président russe Vladimir Poutine considère avoir gagné la guerre contre le groupe jihadiste Etat islamique.

L'évolution sur le terrain "n'a pas fait diminuer les besoins humanitaires", a souligné mardi François Delattre, en évoquant une situation "catastrophique". Dans les débats, les Occidentaux avaient aussi réclamé de ne "pas politiser ce sujet" alors que les discussions avec le régime et l'opposition se sont soldées par un échec à Genève, selon une source diplomatique.

La résolution sur l'acheminement transfrontalier et à travers les lignes de front de l'aide humanitaire existe depuis 2014.

Si son échéance formelle est le 10 janvier, la présidence tournante du Conseil de sécurité, assurée en décembre par le Japon, avait oeuvré pour un vote dès cette semaine afin de ne pas rééditer le mélodrame du groupe d'enquêteurs internationaux sur les armes chimiques en Syrie, appelé JIM.

Ce groupe n'existe plus depuis novembre après une vaste offensive de Moscou, qui voulait changer sa mission. Au Conseil de sécurité, la discussion avait tourné jusqu'au dernier jour à l'affrontement avec de multiples veto russes.

prh/vog