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19/12/2017 06:19 EST

Sortie de prison pour Odebrecht, symbole de la corruption au Brésil

Le magnat du bâtiment Marcelo Odebrecht a quitté mardi sa cellule pour sa spacieuse villa où il va purger le reste de sa peine de dix ans de prison, au moment où de nouvelles révélations secouent son groupe au coeur d'un scandale de corruption ébranlant l'Amérique latine.

L'ex-PDG d'Odebrecht, un empire familial fondé par son grand-père, a quitté le siège de la Police Fédérale de Curitiba (sud) dans la matinée à bord d'une voiture noire, a constaté un journaliste de l'AFP.

Après avoir été équipé d'un bracelet électronique, il sera assigné à résidence, quittant la cellule de 12 m2 où il est resté confiné pendant deux ans et demi pour retrouver le confort de son domicile de Sao Paulo décrit par les médias brésiliens comme une villa de 3.000 m2 avec piscine.

Il devra dans un premier temps rester dans sa cage dorée 24 heures sur 24, avant d'être autorisé à en sortir par moments, courant 2020.

Un confort qui a un prix : afin d'obtenir un allégement considérable de sa peine (il avait initialement été condamné à 19 ans et quatre mois de prison pour corruption et blanchiment d'argent), Marcelo Odebrecht a accepté de passer aux aveux, révélant un réseau de corruption d'une ampleur inimaginable.

- Scandale international -

À son apogée, Odebrecht était le symbole d'un Brésil conquérant, avec des réalisations dans le monde entier, comme l'aéroport Simon Bolivar à Caracas et l'autoroute Grand Parkway au Texas.

Au Brésil, le groupe s'est adjugé des chantiers emblématiques comme la rénovation du stade mythique Maracana, à Rio de Janeiro, des travaux émaillés de graves accusations de corruption.

Tout a basculé en juin 2015, quand Marcelo Odebrecht a été arrêté dans le cadre de l'opération "Lavage-express", une enquête tentaculaire qui a permis de mettre au jour l'existence d'un réseau de versement de dessous de table pour s'assurer des marchés publics.

Des dizaines d'hommes politiques ont été éclaboussés par le scandale, y compris le président Michel Temer et l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), menacé d'inéligibilité à la présidentielle de 2018 pour avoir reçu un triplex en échange de services rendus à un autre groupe de BTP.

Au-delà du Brésil, ces révélations ont aussi ébranlé jusqu'au sommet du pouvoir dans d'autres pays d'Amérique Latine, notamment au Pérou et en Equateur.

Pedro Pablo Kuczynski risque même de devenir le premier président destitué de l'histoire du Pérou, Odebrecht ayant reconnu avoir versé près de cinq millions de dollars à des sociétés de conseil directement liées au chef de l'Etat, alors ministre entre 2004 et 2013.

Quant au vice-président équatorien Jorge Glas, il a été placé en détention provisoire en octobre et condamné la semaine dernière à six ans de prison pour avoir reçu d'Odebrecht pour 13,5 millions de dollars de pots-de-vin.

- Nouvelles révélations -

L'ex-PDG a obtenu une réduction de peine assortie de la possibilité d'en purger une partie à domicile à la suite d'un accord de collaboration avec la justice.

L'entreprise a aussi dû s'acquitter d'une amende astronomique de 2,6 milliards de dollars à verser aux gouvernements du Brésil, de Suisse et des Etats-Unis.

Grâce aux révélations de 77 anciens cadres de l'entreprise, les enquêteurs ont découvert qu'Odebrecht disposait même d'un service spécialement créé pour soudoyer des dirigeants, baptisé en interne "département des pots-de-vin".

Deux ans et demi après l'incarcération de Marcelo Odebrecht, ces révélations continuent de secouer le groupe, et le Brésil.

Mardi, l'autorité de la concurrence dans ce pays, le Cade, a annoncé que des documents fournis par l'entreprise prouvaient qu'un cartel avait été formé avec d'autres entreprises de BTP pour se partager les marchés de construction de routes dans l'Etat de Sao Paulo de 2008 à 2015.

Lundi, une autre société de BTP, Camargo Corrêa, avait reconnu des pratiques similaires, impliquant également Odebrecht, afin de systématiquement truquer les appels d'offres pour la construction de lignes de métro dans huit Etats du Brésil.

Des entreprises étrangères comme le groupe français Alstom et l'Allemand Siemens sont également soupçonnées par le Cade d'avoir pris part à ce cartel.

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