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19/12/2017 02:46 EST

Patricia de Ceballos en tournée en Europe pour dénoncer le régime Maduro

Elle redoute les représailles quand elle rentrera au Venezuela, mais pas question pour Patricia Gutiérrez de Ceballos de garder le silence: "Nous continuerons de dénoncer à la face du monde ce qui se passe dans notre pays", affirme, déterminée, l'épouse de l'opposant politique emprisonné Daniel Ceballos, dans un entretien à l'AFP.

La maire sortante de San Cristóbal (ouest) est arrivée en France, après des visites au Luxembourg et en Allemagne, dans le cadre d'une tournée européenne visant à appeler à un "soutien international" face à la crise politique et économique que connaît son pays.

Après avoir récupéré il y a quelques jours à Strasbourg (est de la France) le prix Sakharov pour la liberté de conscience décerné à l'opposition vénézuélienne par le Parlement européen, Patricia Gutiérrez a été reçue lundi à la mairie de Paris. Mais ce qu'elle espère, c'est un entretien avec le président Emmanuel Macron qui, fin août, avait qualifié le régime de Nicolas Maduro de "dictature".

"Je pense qu'il est très important que le président Macron, avec son poids, sa crédibilité, puisse démontrer sa position ferme en faveur du Venezuela", estime la maire de 34 ans.

Patricia Gutiérrez veut aussi l'aide de la France pour "enquêter et découvrir où sont passées les ressources que de hauts membres du gouvernement ont volées" et qui, selon elle, "se trouvent dans des paradis fiscaux ou des pays européens".

"Un gouvernement qui s'est illicitement enrichi dans un pays (...) où les gens vivent confrontés à la faim, à des pénuries, au coût élevé de la vie, ce n'est pas juste", lance-t-elle, en rythmant son propos de petits coups de poing sur la table.

- 'Sans preuve' -

Patricia Gutiérrez occupe actuellement le fauteuil de maire qui fut celui de son époux. Après son arrestation, cette ingénieure s'est présentée devant les électeurs en 2014, recueillant 73,2% des voix.

Accusé d'incitation à la violence lors de manifestations contre le gouvernement qui avaient fait 43 morts et des centaines de blessés, Daniel Ceballos, chef du parti d'opposition Volonté populaire, avait été condamné à 12 mois de prison. Mais il demeure détenu à ce jour.

Il "est toujours emprisonné sans aucune preuve" de sa culpabilité, souligne Patricia Gutiérrez dont le T-shirt arbore le visage de son mari peint aux couleurs du drapeau vénézuélien.

"Depuis trois ans et neuf mois, ma famille vit une injustice", déclare cette mère de trois jeunes enfants en dénonçant les conditions "inhumaines" de détention de son mari.

"Récemment, il a passé 62 jours en isolement, sans pouvoir voir ni ses avocats ni sa famille", affirme-t-elle. "Ces méthodes sont utilisées par le régime pour soumettre la volonté d'un homme qui, même emprisonné, continue d'appeler à une transition."

- 'Point d'honneur' -

Après le triomphe du camp du président aux élections municipales du 10 décembre, auxquelles les principaux partis de l'opposition n'ont pas participé, l'opposition se concentre désormais sur le scrutin présidentiel de 2018.

Pour cette échéance électorale, Gutiérrez insiste sur la nécessité d'avoir "des observateurs internationaux avant, pendant et après le processus" et "d'effectuer un audit du système de vote électronique au Venezuela" objet de suspicions par le passé, mais blanchi par un audit.

La maire accorde peu de crédit aux négociations entre le gouvernement et l'opposition pour sortir de la crise: "Le régime a utilisé le mécanisme du dialogue pour continuer à gagner du temps sans apporter de solutions aux problèmes du peuple vénézuélien".

Elle s'insurge contre le rythme des négociations ouvertes début décembre en République dominicaine, qui doivent reprendre les 11 et 12 janvier. "Je demande: le peuple vénézuélien peut-il attendre un mois de plus, fouillant dans les poubelles, sans médicaments et avec nos prisonniers politiques soumis à des violations continuelles de leurs droits? Je ne le pense pas !"

Et elle refuse de reconnaître l'Assemblée constituante, uniquement composée de partisans du chef de l'État qui règne en superpuissance" depuis août. "La lutte contre l'Assemblée constituante a coûté la vie à 130 jeunes Vénézuéliens qui rejetaient ce processus. Pour nous, c'est un point d'honneur", explique-t-elle.

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