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19/12/2017 00:14 EST

L'impératrice et le jésuite: histoire d'un "portrait interdit"

Du portrait d'une impératrice chinoise par un jésuite au XVIIIe siècle, le réalisateur français Charles de Meaux a tiré le très beau "Portrait Interdit", avec la star chinoise Fan Bingbing et l'acteur français Melvil Poupaud.

Après sa sortie en France mercredi, "Le portrait interdit" doit arriver sur les écrans de Chine début 2018.

"Dès le début, je savais que ce serait une grande aventure: un tournage en Chine, avec la plus grande star chinoise... Avec Charles (de Meaux), c'est toujours un peu plus qu'un film: la découverte de pays, de gens, parfois prendre des risques", explique à l'AFP l'acteur français.

Les deux hommes ont déjà collaboré il y a une quinzaine d'années pour le film "Shimkent hotel" tourné dans plusieurs pays d'Asie centrale - déjà un tournage épique.

Au dépaysement, s'est ajouté cette fois la difficulté de la langue car Melvil Poupaud a dû apprendre en quelques semaines le mandarin en phonétique avant de se faire comprendre "à 80%", estime-t-il, sur le plateau.

C'est cet envers du décor qu'il raconte dans "Voyage à Film city", sorti début 2017 chez Pauvert, mélange d'impressions de voyage et de récit de tournage.

"Ca m'amusait de raconter la vie d'un acteur, l'intimité quand on rentre dans sa chambre d'hôtel... Je savais que sur ce tournage, j'aurais des temps morts, du temps pour écrire et prendre des photos", raconte-t-il.

Tourner en Chine et faire apprendre une langue difficile à son complice était une évidence pour le réalisateur Charles de Meaux, qui navigue entre la France et l'Asie. Également plasticien, il produit les films du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, Palme d'or du festival international de cinéma de Cannes (sud-est de la France) en 2010 pour "Oncle Boonmee".

"Je veux éviter l'exotisme et donner un vrai regard", explique le réalisateur, craignant par dessus tout d'avoir une vision "post-colonialiste".

- 'Joconde chinoise' -

Son film se penche sur les liens entre la Chine et la France, à travers le portrait "à l'occidentale" de l'impératrice Ulanara par le peintre jésuite Jean-Denis Attiret au XVIIIe siècle. Sorte de "Joconde chinoise", "La concubine" est aujourd'hui exposé à Dôle, dans le Jura (est de la France).

"Ce tableau m'a marqué (avec) la puissance de ce visage et ce mélange énigmatique de civilisations...", souligne le réalisateur, qui a eu envie de raconter la rencontre entre l'impératrice et le peintre, et le trouble qui en est né.

Très esthétique, le film porte une grande attention aux détails (décors, costumes, bijoux) et déroule également une partition romantique. C'est au fil des séances de pose que va se créer une intimité contraire aux règles strictes de la cour.

Faisant le lien entre Orient et Occident, ce film franco-chinois doit beaucoup à ses interprètes et à la complicité entre Fan Bingbing et Melvil Poupaud.

"Quand on jouait ensemble, ça passait beaucoup par le regard", indique l'acteur français, évoquant une partenaire "très à l'écoute" malgré son statut de mégastar dans son pays.

Actrice, chanteuse, égérie de marques de luxe, productrice, Fan Bingbing est à 36 ans la plus grande star chinoise. Sa filmographie ("Buddha Mountain", "Far Away : les soldats de l'espoir") reste encore confidentielle à l'international.

Elle tente de conquérir Hollywood depuis son rôle dans "X-Men, Days of the Future Past" (2014) et a également été membre du jury au dernier festival de Cannes.

Si elle a accepté ce rôle, c'est qu'elle fait confiance à Charles de Meaux avec lequel elle avait déjà travaillé pour son film "Stretch", qui se déroulait entre Paris et Macao.

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