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17/12/2017 13:44 EST | Actualisé 17/12/2017 13:46 EST

Libération conditionnelle: une disposition du Code criminel est dénoncée

Elle fait passer de 25 à 75 ans le temps à passer en taule avant de pouvoir demander une libération conditionnelle pour les meurtriers.

Douglas Garland, reconnu coupable des meurtres au premier degré d'Alvin et Kathy Liknes et du garçon de 5 ans Nathan O'Brien, est escorté à un poste de police de Calgary le 14 juillet 2014. Des experts du droit soutiennent qu'une disposition de la sentence qui peut garder derrière les barreaux des tueurs pour le reste de leur vie sera vraisemblablement contesté jusqu'en cour suprême.
PC/Jeff McIntosh
Douglas Garland, reconnu coupable des meurtres au premier degré d'Alvin et Kathy Liknes et du garçon de 5 ans Nathan O'Brien, est escorté à un poste de police de Calgary le 14 juillet 2014. Des experts du droit soutiennent qu'une disposition de la sentence qui peut garder derrière les barreaux des tueurs pour le reste de leur vie sera vraisemblablement contesté jusqu'en cour suprême.

Des spécialistes du droit estiment qu'une disposition du Code criminel pouvant entraîner l'emprisonnement à vie de personnes coupables de meurtre se rendra probablement jusque devant la Cour suprême du Canada.

En 2011, le gouvernement fédéral a promulgué une loi qui permet aux juges de condamner les individus ayant commis plus d'un meurtre à plusieurs périodes d'inadmissibilité à la libération conditionnelle consécutives, soit une pour chaque crime.

Cette disposition a seulement été appliquée six fois.

Le plus récent cas est celui de Derek Saretzky, qui a été condamné en août pour les meurtres au premier degré d'un homme et de sa fille de deux ans ainsi que d'une sexagénaire dans le sud-ouest de l'Alberta.

Saretzky a reçu une peine d'emprisonnement à vie, qui est la sentence obligatoire pour ce type de crime. Mais au lieu de la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle de 25 ans habituelle, le juge a ordonné au meurtrier de passer trois fois plus de temps, soit 75 ans, derrière les barreaux avant de pouvoir faire une demande pour être libéré.

Aux yeux de l'avocat de Derek Saretzky, Me Balfour Der, cette sentence montre la dure réalité qui attend les personnes concernées par la disposition.

«On parle d'un jeune homme de 22 ans qui ne pourra pas obtenir de libération conditionnelle avant l'âge de 97 ans», a souligné Me Der, qui a porté la condamnation et la peine de son client en appel.

«Si on voit les choses de cette façon, on devrait peut-être lui donner une chance. En même temps, c'est un crime très grave. C'est très délicat en raison des circonstances entourant les décès et de l'identité des victimes.»

Selon l'avocat, il s'agit d'un sujet où il est difficile de trancher.

«L'une des raisons qui pourront être invoquées en appel, c'est probablement le fait que ces peines consécutives de 25 ans minimum constituent une punition cruelle et inhabituelle, et que cela rend donc cette disposition inconstitutionnelle», a-t-il expliqué.

Me Balfour Der propose plutôt l'adoption d'une échelle mobile pour les périodes d'inadmissibilité à la libération conditionnelle consécutives qui pourrait tout de même tenir compte de la gravité de certains cas.

Une professeure de droit de l'Université de Calgary a pour sa part confié qu'elle ne serait pas étonnée de voir le débat se retrouver devant le plus haut tribunal du pays.

«Je ne sais pas comment ou de quelle manière la Cour suprême traitera cette affaire, mais j'ai l'impression que cela va se produire», a indiqué Lisa Silver.

Elle a dit comprendre pourquoi la disposition soulevait des questions puisque son adoption était relativement récente.

«Cela veut dire que quelqu'un pourrait passer une très longue période en prison, ce qui ne s'était jamais produit auparavant, a ajouté Mme Silver. C'est quelque chose que la Cour suprême du Canada doit examiner afin de déterminer une bonne fois pour toutes si c'est véritablement constitutionnel.»