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16/12/2017 20:45 EST

Amérique latine: le scandale Odebrecht, jusqu'aux sommets du pouvoir

Le scandale de corruption autour du géant brésilien du BTP Odebrecht éclabousse l'Amérique latine et atteint désormais les sommets du pouvoir: en Equateur, le vice-président a écopé de six ans de prison et au Pérou, le président risque la destitution.

- Président menacé au Pérou -

Pedro Pablo Kuczynski pourrait devenir le premier président destitué pour ses liens avec Odebrecht, qui a reconnu avoir payé près de cinq millions de dollars à des entreprises de conseil directement liées au chef de l'Etat, alors ministre entre 2004 et 2013.

Même s'il nie farouchement les accusations, ses jours au pouvoir semblent comptés: l'opposition a la majorité au Parlement, appelé à débattre de son "incapacité morale" à gouverner le pays.

"Je ne me cacherai pas et je n'ai aucune raison de le faire", a assuré "PPK", comme on le surnomme, jeudi.

Sa destitution "serait quelque chose de terrible" pour la stabilité et l'image du continent, prévient Luis Benavente, du cabinet péruvien de consultants Vox Populi, même si "tout le monde sait" que "la corruption est une maladie latinoaméricaine", infiltrée "dans toutes les bases du système politico-social".

PPK n'est pas le seul, à la tête du Pérou, inquiété par le scandale Odebrecht: l'ex-président Ollanta Humala (2011-2016) est en détention provisoire, accusé d'avoir reçu trois millions de dollars lors de sa campagne électorale.

Un autre ancien président, Alejandro Toledo (2001-2006), est quant à lui visé par un mandat d'arrêt et un ordre d'extradition depuis les Etats-Unis, où il se trouve, soupçonné d'avoir perçu 20 millions de dollars.

- Lourde peine en Equateur -

Le parquet avait requis la peine maximale, la Cour suprême l'a suivi: le vice-président équatorien Jorge Glas a été condamné mercredi à six ans de prison pour avoir perçu 13,5 millions de dollars en pots-de-vin d'Odebrecht.

Vice-président depuis 2013 et en détention provisoire depuis octobre, M. Glas est le responsable politique en activité de plus haut rang à être condamné dans cette affaire en Amérique latine.

Sa condamnation "marque une rupture avec la dissimulation de la corruption qu'il y a eu pendant le gouvernement de Rafael Correa" (2007-2017), commente Simon Pachano, politologue de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso) de Quito.

- Berceau du scandale, le Brésil -

C'est le pays d'origine d'Odebrecht et, sans surprise, c'est là que le scandale a fait le plus de victimes, même s'il ne s'agit que d'un chapitre de la vaste opération +Lavage Express+ qui cible les appels d'offres du géant pétrolier Petrobras.

Selon les enquêteurs brésiliens, Odebrecht comptait un département appelé "secteur des opérations structurées", vite rebaptisé par les policiers "département des pots-de-vin".

L'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) est accusé d'être impliqué dans cette affaire, la justice enquêtant sur de possibles dons en nature (un terrain, un appartement...) par le constructeur.

Lula a déjà écopé de neuf ans et demi de prison pour avoir bénéficié d'un luxueux triplex. Si cette peine est confirmée en appel, il serait incarcéré et écarté de la présidentielle de 2018, pour laquelle il est donné grand favori.

"L'éventuelle chute du président péruvien sera probablement utilisée lors de l'élection brésilienne pour critiquer les gouvernements du Parti des travailleurs" (PT, gauche) de Lula, estime l'analyste politique Mauricio Santoro, de l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro.

Le directeur exécutif du groupe, Marcelo Odebrecht, a déjà été condamné à 19 ans de prison. Mardi prochain, il quittera la prison pour passer en résidence surveillée, en récompense pour sa collaboration avec la justice.

Ses déclarations ont permis d'enquêter sur huit ministres de l'actuel président, le conservateur Michel Temer, un tiers du Sénat et une quarantaine de députés.

Le mandat de Temer lui-même a vacillé quand ont surgi des accusations sur un possible financement par Odebrecht de la campagne de son ticket présidentiel avec Dilma Rousseff. La justice électorale l'a finalement blanchi en juin.

- D'autres dirigeants éclaboussés -

Le scandale a aussi éclaboussé le Venezuela, où le groupe brésilien dit avoir versé 98 millions de dollars. Le président Nicolas Maduro a été soupçonné mais la justice - accusée par l'opposition de servir les intérêts du chef de l'Etat - a écarté toute enquête.

Enfin, au Panama, deux fils et trois anciens ministres de l'ex-président Ricardo Martinelli (2009-2014) ont été inculpés.

bur-spc/ka/cro

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