BIEN-ÊTRE
11/12/2017 16:32 EST | Actualisé 11/12/2017 17:11 EST

La Transformerie : des tartinades gourmandes avec fruits et légumes dédaignés

Une solution innovatrice au gaspillage alimentaire dans les épiceries.

La Transformerie

Au lieu de prendre le chemin de la poubelle, fruits et légumes invendus en épicerie ont une seconde vie grâce à l'initiative d'un ex-chef du restaurant les 400 coups, nommée La Transformerie.

Bananes trop mûres se métamorphosent en caramel de banane, tomates tachées et brocolis ramollis deviennent respectivement tartinade façon bruschetta et houmous. Et tout ça pour éviter le gaspillage alimentaire trop important dans les épiceries.

Nous nous sommes entretenus avec Guillaume Cantin, ex-chef et co-initiateur du projet qui devrait voir le jour au printemps 2018.

Comment es-tu passé de chef de l'un des meilleurs restos à Montréal à co-dirigeant d'une OSBL contre le gaspillage alimentaire?

J'ai été longtemps en restauration, mais j'ai vraiment eu un déclic aux 400 coups. Je me suis dit : à quoi je veux mettre mes compétences à profit? On ne pouvait pas aller plus loin, si on prenait en compte la viabilité du resto. Je voulais un bout partir un resto, mais surtout avoir un impact sur la société. À la fin de ma vie, je veux dire que je suis content d'avoir rendu le monde meilleur qu'il l'était. Agir à son échelle pour avancer ensemble, dit-on.

Comment La Transformerie est-elle née?

On a amorcé une réflexion en novembre dernier sur le gaspillage alimentaire puis on s'est donné le défi d'aller faire les poubelles derrière les commerces, fruiteries, surpermarchés. La quantité et surtout la qualité des produits trouvés nous a surpris.

On a abordé des commerçants de l'arrondissement Rosemont à Montréal. On veut collaborer, pas moraliser. Ils se sont ouverts à nous. Ils nous ont expliqué pourquoi ils sortaient les fruits et légumes des rayons, les solutions auxquelles ils avaient accès. Souvent, pour les donner, il leur manquait un service de collecte efficace et structuré.

On a pensé à comment ça pouvait être viable d'aller les chercher, de les transformer puis de le remettre en marché. On s'est arrêté sur le modèle d'un organisme sans but lucratif en développant des partenariats individuels avec chaque commerçant approché. Pour l'instant, on s'en tient à une dizaine tous situés dans Rosemont. On a eu une belle réponse de l'arrondissement et du maire. Il nous manque plus que le financement, mais entre 25 et 30 personnes travaillent déjà avec nous bénévolement.

Comment ça fonctionne concrètement? On vous donne les produits invendus?

Oui, le but est d'être les alliés des commerçants. On nous donne les produits avant qu'ils se ramassent à la poubelle. On les transforme en tartinades salées et sucrées puis on les retourne chez les commerçants qui nous ont donné leurs produits. Chaque tartinade sera vendue au détail environ 5-6$.

Les épiciers ont tout à gagner là-dedans : réduction du budget consacré à la gestion des déchets, des marges bénéficiaires - et aussi ils jouissent d'une influence positive (avec cette initiative anti-gaspillage). La Transformerie ne fera pas d'argent. On ne veut pas profiter d'un problème.

Mais les fruits et légumes récupérés sont-ils vraiment moches ou s'apparentent-ils vraiment à des déchets?

Pas du tout. Ce sont des fruits et légumes normaux, mais avec une coche dedans ou mûrs à point, ce qui est idéal pour la transformation. La qualité est vraiment là. Le nombre de fois que j'ai vu des produits moisis depuis le début du projet, je les compte sur mes doigts.

Il y a, oui, des produits avec des taches, mais pas plus, pas moins que ceux qu'on commande en caisse dans les restaurants.

Vous battez-vous contre les commerçants qui mettent des cadenas sur leurs bennes à ordures?

Notre but, ce n'est pas de faire de la dénonciation, mais de l'éducation. On en a vu des gens qui ne veulent pas ouvrir leurs poubelles, mais une fois qu'ils comprennent qu'il y a une solution gagnante, ils embarquent. On veut se mettre ami-ami avec les commerçants. Les gens ne nous ferment pas la porte parce qu'ils savent qu'on n'est pas là pour le profit. Au début, il fallait désamorcer des choses. Ils sont sollicités de tous les bords.

À quels genres de tartinades peut-on s'attendre?

Un caramel de banane sans produit laitier, une tartinade tarte aux pommes et épices. Une tartinade aux tomates à laquelle on mêle du pain façon bruschetta ou encore un houmous de brocolis sans pois chiches. On veut de la qualité, mais surtout que les gens puissent se les approprier facilement.

On veut offrir des conserves de qualité égale ou supérieure à ce qu'il y a sur le marché, conçues avec des produits végétaliens, moins de sucre et transformées localement.

Peut-on acheter vos produits en ce moment?

Non. On a juste vendu nos produits dans des événements spéciaux, comme le festival zéro déchet. On en est à tester si nos produits vont être offerts autant en pot qu'en vrac.

Faudra attendre au printemps 2018 pour les voir apparaître dans certaines épiceries, fruiteries de Rosemont. On ira éventuellement chercher plus de commerçants, surtout ceux qui ne collaborent pas avec les banques alimentaires.

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