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08/12/2017 20:45 EST

Honduras: une crise électorale, cinq scénarios

Près de deux semaines après son scrutin présidentiel, le Honduras n'a toujours pas de vainqueur officiel, dans un climat de vives tensions et d'accusations de fraude. Alors qu'un recomptage partiel des votes a commencé, voici cinq scénarios possibles.

- Hernandez est réélu -

Sur 100% des bulletins dépouillés, le président sortant Juan Orlando Hernandez, 49 ans, du Parti national (droite), arrive en tête avec 42,98% des suffrage. Son opposant de gauche, l'animateur de télévision Salvador Nasralla, 64 ans, de l'Alliance de l'opposition contre la dictature, est crédité de 41,38% des voix.

Mais le Tribunal suprême électoral (TSE) se refuse à déclarer un vainqueur et a commencé jeudi soir à recompter 4.573 urnes dont la saisie informatique a entraîné des suspicions de fraude, sans la présence de représentants de l'opposition qui exigent un recomptage total des 18.128 urnes. Ce dépouillement devrait prendre plusieurs jours.

Selon la législation, il a 30 jours, à partir du scrutin, pour déclarer un vainqueur: s'il décide d'attribuer la victoire à M. Hernandez sans procéder à un recomptage total des votes, ce serait "du carburant pour le mécontentement" populaire, met en garde le sociologue Miguel Mancia.

Selon lui, valider ainsi la réélection du président sortant, dont la candidature était contestée car contraire à la Constitution, ne pourrait que déclencher des réactions de colère. Depuis le vote, les manifestations ont déjà fait 14 morts, selon Amnesty International.

Et même réélu, le chef de l'Etat aurait une faible légitimité, souligne le chercheur.

- On recompte tout -

Pour Miguel Mancia, un recomptage complet "est souhaitable" car recommandé par la communauté internationale, notamment les observateurs de l'Union européenne et de l'Organisation des Etats américains (OEA).

Cela redonnerait toute légitimité au TSE et démentirait les accusations de fraude, si le résultat est finalement confirmé. A l'inverse, si les chiffres sont différents à l'arrivée, Nasralla serait conforté dans son discours contre cette institution, qu'il juge soumise au chef de l'Etat sortant.

L'opposition réclame un recomptage vote par vote et un audit du système informatique de dépouillement du TSE en présence d'"arbitres internationaux" et des trois principales forces politiques du pays.

Néanmoins, cela augure d'"un processus long et tortueux", prévient M. Mancia.

- Nasralla accepte sa défaite -

Que l'opposant de gauche reconnaisse avoir été battu est l'option la moins probable, souligne l'anthropologue et professeure d'université Carmen Julia Fajardo.

"C'est quelque chose qu'on peut écarter", assure-t-elle. Salvador Nasralla a lui-même répété à plusieurs reprises qu'il ne pourrait "jamais accepter" le résultat dans ces circonstances.

- On annule tout et on recommence -

C'est ce que réclame le Parti libéral (PL, droite), arrivé troisième de ce scrutin à un tour avec 14,73% des voix, qui a déposé un recours en ce sens.

L'OEA a elle aussi commencé à évoquer la possibilité d'"un nouvel appel à des élections".

Mais pour Martha Lorena Suazo, doyenne de la Faculté de sciences sociales de l'Université nationale autonome du Honduras, "cela ne semble pas faisable" car, pour l'instant, les différentes étapes prévues par la législation hondurienne (dépouillement, recours, recomptage...) sont suivies à la lettre.

Convoquer un nouveau scrutin "serait le chemin pour faciliter une solution au conflit, mais cela remettrait dans la bataille les (mêmes) acteurs" politiques, sans garantie que le résultat soit plus clair, et pour un coût très élevé dans ce pays qui est l'un des plus pauvres d'Amérique latine.

L'universitaire plaide plutôt pour un dialogue entre les deux camps pour sortir de cette crise.

- La crise n'en finit plus -

Si le conflit persiste, sans action concrète des candidats ayant remporté le plus de voix, le risque est que la situation dégénère en grande agitation sociale, avec des manifestations à répétition.

"Cela peut déboucher sur l'anarchie", prévient Martha Lorena Suazo. Au Honduras, "il y a déjà de la pauvreté, du chômage, une économie faible, tout cela coulerait à pic. Et c'est la population qui serait punie".

hma-nl/ka/lab